L'année 2025 du médicament, en bref

Résumé

Trois progrès décisifs pour des enfants, quelques progrès notables, toujours autant de médicaments sans intérêt, un peu plus de médicaments plus dangereux qu'utiles et de nouvelles données de médicaments déjà évalués qui modifient leur balance bénéfices-risques.

Chaque année, Prescrire publie de nombreuses analyses indépendantes, méthodiques et critiques sur de nombreux médicaments. L'objectif est d'aider les abonnés à distinguer parmi les médicaments ceux qui apportent un progrès pour les soins. Prescrire suit aussi de près, entre autres, les réévaluations de la balance bénéfices-risques des médicaments, les effets indésirables, les pénuries et arrêts de commercialisation.

En 2025, 119 médicaments ont fait l'objet d'une cotation par Prescrire (voir le tableau ci-dessous).

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Trois progrès décisifs pour des enfants et quelques progrès notables

Un progrès a été apporté par 33 médicaments. Il s'agit d'un progrès :

  • décisif avec 3 d'entre eux, soit moins de 3 % de l'ensemble des médicaments évalués. Ces progrès ont concerné des enfants, avec le vaccin Ebola rVSV-Zebov (Ervebo°) (cotation "Bravo") et avec l'onasemnogène abéparvovec (Zolgensma°) et le nusinersen (Spinraza°) (cotation "Intéressant") autorisés tous deux dans l'amyotrophie spinale proximale ;

  • notable avec 9 autres (cotation "Apporte quelque chose"), soit 8 % ;

  • modeste avec les 21 autres (cotation "Éventuellement utile"), soit 18 %.

La proportion de médicaments représentant un progrès au moins notable est dans la moyenne de ce qui a été observé ces dernières années.

Un peu plus de médicaments plus dangereux qu'utiles par rapport aux années précédentes

60 médicaments évalués (50 %) n'ont pas apporté de progrès (cotation "N'apporte rien de nouveau"). Pour 4 médicaments (3 %), les données disponibles n'ont pas permis de déterminer si elles apportaient ou non un progrès (cotation "La Rédaction ne peut se prononcer"). Et 22 médicaments (18 %) ont été considérés comme plus dangereux qu'utiles dans la situation clinique considérée (cotation "Pas d'accord"). Cette proportion est supérieure à celle des années précédentes (voir l'infographie ci-dessous).

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Avec plus de recul, quelques progrès démontrés, notamment dans certains cancers

En 2025, la publication de nouvelles données nous a conduits à revenir "avec plus de recul" sur l'évaluation de 9 médicaments dans 10 situations cliniques. Ce nombre est en augmentation par rapport aux années précédentes, un signe que le nombre d'autorisations de mise sur le marché (AMM) obtenues avec des données trop précoces tend à augmenter. Ces nouvelles données cliniques montrent un progrès avec certains d'entre eux : important avec l'onasemnogène abéparvovec (Zolgensma°) et le nusinersen (Spinraza°) ; notable avec la cerliponase alfa (Brineura°) dans une maladie génétique rare, le pembrolizumab (Keytruda°) dans certains cancers du sein ou du rein, et la trastuzumab emtansine (Kadcyla°) dans certains cancers du sein ; modeste pour le sémaglutide (Wegovy°) dans l'excès de poids. Pour d'autres, nous avons conclu à l'absence de progrès avec l'abémaciclib (Verzenios°) dans certains cancers du sein et le tirzépatide (Mounjaro°) dans l'excès de poids ; et déconseillé l'utilisation de l'andexanet alfa (Ondexxya°), un antidote des anticoagulants inhibiteurs du facteur Xa (alias xabans), en l'absence d'efficacité clinique mais avec un surcroît d'accidents thromboemboliques.

Des progrès nets en infectiologie-parasitologie

L'autorisation de mise sur le marché (AMM) du vaccin Ebola rVSV-Zebov chez les enfants dès l'âge de 1 an est un progrès décisif pour prévenir cette maladie très souvent mortelle dont on ne connaît aucun traitement curatif. D'autres progrès notables concernent le paludisme, avec la mise à disposition d'un nouveau dosage à 110 mg d'artésunate (Artesunate Amivas°) et l'AMM de la primaquine (Primaquine Sanofi°) dans la prévention des rechutes de paludisme à Plasmodium vivax ou Plasmodium ovale ; et la tuberculose pulmonaire multirésistante avec la bédaquiline (Sirturo°), que ce soit en 1re ligne ou chez les enfants dès l'âge de 5 ans.

Des "nouveautés" contenant des substances anciennes pourtant à écarter des soins

Parmi les 22 médicaments plus dangereux qu'utiles, certains contiennent des substances anciennes avec une nouvelle indication, telles que la mélatonine (Adaflex°, Voquily°) trop risquée dans l'insomnie chez les enfants atteints d'un trouble déficitaire de l'attention et traités par un psychostimulant, ou la chondroïtine (Chondrosulf°) en comprimés à 800 mg dans l'arthrose des mains. C'est aussi le cas de l'acide tranexamique en sachets (Haima°), trop risqué dans les ménorragies et a fortiori en automédication ; d'une autre formulation de ciclosporine en collyre (Vevizye°) exposant à des douleurs oculaires et à des effets immunodépresseurs alors que son efficacité n'est pas démontrée ; et du finastéride en application locale (Fincrezo°) dans l'alopécie androgénique, trop risqué en regard d'une efficacité au mieux modeste et transitoire sur la repousse des cheveux. Pourtant, en 2025, au terme de la réévaluation européenne de la balance bénéfices-risques du finastéride, les autorités de santé ont fait le choix de maintenir le finastéride par voies locale et orale (Finastéride Arrow Lab° ou autre) sur le marché européen.

Des arrêts de commercialisation parfois délétères pour les soins et d'autres tardifs

L'année 2025 a été marquée par les arrêts de commercialisation en officine de plusieurs dosages d'héparine calcique et de l'héparine sodique, pouvant conduire à une perte de chance pour certains patients. Car les héparines non fractionnées sont parfois un meilleur choix que les héparines de bas poids moléculaire (HBPM), notamment chez des patients atteints d'insuffisance rénale sévère. D'autres arrêts de commercialisation sont préjudiciables. L'arrêt de l'itraconazole buvable (Sporanox°) laisse le fluconazole (Triflucan° ou autre) comme seul antifongique azolé disponible sous forme buvable en ville. L'arrêt du quinagolide (ex-Norprolac°), seul agoniste dopaminergique utilisé dans des hyperprolactinémies à ne pas être un dérivé de l'ergot de seigle, fait prévoir une augmentation du nombre de patients exposés aux risques d'atteintes valvulaires cardiaques et de fibroses liées à la prise de cabergoline (Dostinex° ou autre) ou de bromocriptine (Parlodel°).

À l'inverse, les arrêts de commercialisation de plusieurs médicaments contenant de la pseudoéphédrine (ex-Actifed Rhume°, ex-Actifed Rhume Jour et nuit°, ex-Humex Rhume°), un vasoconstricteur, et celui de la bromhexine (ex-Bisolvon°), un mucolytique, quoique tardifs, sont une bonne nouvelle pour la sécurité des patients.

En somme

Ce bilan des cotations médicamenteuses de l'année 2025 est l'occasion de souligner que la balance bénéfices-risques des médicaments n'est pas figée dans le temps et que les données qui deviennent disponibles peuvent la modifier parfois dans un sens ou dans l'autre. Ce qui modifie aussi leur place dans les choix thérapeutiques. C'est ce que reflètent nos analyses avec plus de recul. Le suivi des arrêts de commercialisation montre que des médicaments utiles pour les patients ne sont plus disponibles, exposant à l'utilisation d'alternatives plus risquées ou à des risques de pénuries.

BRAVO

  • le vaccin EbolarVSV-Zebov (Ervebo°) et épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola chez les enfants (n° 505).

INTÉRESSANT

  • l'onasemnogène abéparvovec (Zolgensma°) dans l'amyotrophie spinale proximale (n° 504).

  • le nusinersen (Spinraza°) dans l'amyotrophie spinale proximale (n° 504).

APPORTE QUELQUE CHOSE

  • artésunate (Artesunate Amivas°) en dosage à 110 mg (n° 502).

  • bédaquilline (Sirturo°) dans la tuberculose multirésistante en 1re ligne (n° 499).

  • bédaquilline (Sirturo°) dans la tuberculose multirésistante chez les enfants dès l'âge de 5 ans (n° 499).

  • cerliponase alfa (Brineura°) dans la céroïde lipofuscinose neuronale de type 2 (n° 506).

  • enfortumab védotine (Padcev°) + pembrolizumab (Keytruda°) dans des carcinomes urothéliaux inopérables ou métastasés (n° 504).

  • pembrolizumab (Keytruda°) après chirurgie dans certains cancers du rein (n° 503).

  • pembrolizumab (Keytruda°) avant et après la chirurgie dans certains cancers du sein dits triple négatif (n° 498).

  • primaquine (Primaquine Sanofi°) dans la prévention des rechutes de paludisme à Plasmodium vivax ou Plasmodium ovale (n° 505).

  • trastuzumab emtansine (Kadcyla°) dans certains cancers du sein, après traitement néoadjuvant par trastuzumab plus chimiothérapie et chirurgie (n° 506).

ÉVENTUELLEMENT UTILE

  • adamts13r (Adzynma°) dans le purpura thrombotique thrombopénique congénital (n° 505).

  • aflibercept (Eylea°) dans la rétinopathie chez des prématurés (n° 496).

  • apomorphine en films sublinguaux (Kynmobi°) dans les blocages (phases "off") liés à une maladie de Parkinson (n° 495).

  • atézolizumab en injections sous-cutanées (Tecentriq°) dans divers cancers (n° 498).

  • dolutégravir + abacavir + lamivudine (Triumeq°) dans l'infection par le VIH chez les enfants pesant de 6 à 14 kg (n° 503).

  • dupilumab (Dupixent°) dans les œsophagites à éosinophiles chez les adultes (n° 502).

  • efgartigimod alfa (Vyvgart°) en injections sous-cutanées dans la myasthénie auto-immune généralisée (n° 499).

  • fruquintinib (Fruzaqla°) dans le cancer colorectal métastasé (n° 505).

  • lanadélumab (Takhzyro°) dans la prévention au long cours des crises d'angiœdème héréditaire chez les enfants (n° 495).

  • létermovir (Prevymis°) dans la prévention des infections à cytomégalovirus après greffe de rein (n° 503).

  • mélatonine (Adaflex°, Voquily°) dans l'insomnie chez les enfants atteints de TDAH non traités par un psychostimulant (n° 496).

  • omalizumab (Xolair°) 300 mg et stylos préremplis dans l'asthme allergique sévère (n° 498).

  • oxazépam en comprimés dosés à 5 mg et à 25 mg (Oxazépam arrow°) dans l'anxiété ou le sevrage alcoolique (n° 502).

  • pembrolizumab (Keytruda°) dans les adénocarcinomes inopérables ou métastasés de l'estomac ou de la jonction gastroœsophagienne (n° 496).

  • pembrolizumab (Keytruda°) avant et après la chirurgie, dans certains cancers bronchiques (n° 504).

  • pembrolizumab (Keytruda°) pendant et après la radiochimiothérapie dans certains cancers du col de l'utérus (n° 505).

  • sémaglutide (Wegovy°) dans l'excès de poids (n° 501).

  • sotatercept (Winrevair°) dans l'hypertension artérielle pulmonaire (n° 504).

  • ténectéplase en flacon de 5 000 unités (Metalyse°) dans l'AVC ischémique aigu (n° 504).

  • trifluridine + tipiracil (Lonsurf°) + bévacizumab dans le cancer colorectal métastasé après deux lignes de traitement (n° 499).

  • zolbétuximab (Vyloy°) dans les adénocarcinomes de l'estomac CLDN 18.2 positif métastasés ou inopérables (n° 506).

PAS D'ACCORD

  • acide tranexamique en sachets (Haima°) dans les règles abondantes (n° 500).

  • amivantamab (Rybrevant°) en 2e ligne dans des cancers bronchiques non à petites cellules avec mutation EGFR dans l'exon 19 ou 21 (n° 504).

  • andexanet alfa (Ondexxya°) dans les hémorragies lors d'un traitement par xaban (n° 496).

  • aripiprazole 720 mg et 960 mg en injections bimestrielles (Abilify Maintena°) (n° 501).

  • bimékizumab (Bimzelx°) dans l'hidrosadénite suppurée (n° 500).

  • chondroïtine comprimés à 800 mg (Chondrosulf°) dans l'arthrose, notamment des mains (n° 496).

  • ciclosporine collyre en solution (Vevizye°) dans la sécheresse oculaire modérée à sévère (n° 506).

  • dupilumab (Dupixent°) dans l'œsophagite à éosinophiles chez les enfants (n° 502).

  • éculizumab (Soliris°) dans la myasthénie à partir de l'âge de 6 ans (n° 498).

  • empagliflozine (Jardiance°) dans le diabète de type 2 à partir de l'âge de 10 ans (n° 496).

  • étrasimod (Velsipity°) dans la rectocolite hémorragique (n° 500).

  • fézolinétant (Veoza°) dans les bouffées de chaleur liées à la ménopause (n° 504).

  • finastéride en application locale (Fincrezo°) dans l'alopécie androgénique (n° 503).

  • géfapixant (Lyfnua°) dans la toux chronique réfractaire ou d'origine inexpliquée (n° 501).

  • insuline icodec (Awiqli°) dans le diabète de type 1 ou de type 2 (n° 500).

  • linzagolix (Yselty°) dans les fibromyomes utérins (n° 495).

  • luspatercept (Reblozyl°) dans l'anémie liée à une bêtathalassémie dite non dépendante des transfusions (n° 496).

  • macrogol3350 + électrolytes + vitamine C (Plenvu°) et lavage colique (n° 498).

  • mélatonine (Adaflex°, Voquily°) dans l'insomnie chez les enfants atteints de TDAH en association avec un psychostimulant (n° 496).

  • selpercatinib (Retsevmo°) en 1re ligne dans des cancers bronchiques métastasés avec mutation RET (n° 495).

  • tadalafil (Adcirca°) dans l'hypertension artérielle pulmonaire dès l'âge de 2 ans (n° 501).

  • vaccin chikungunya atténué (Ixchiq°) (n° 502).

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