Suicides en France : surtout chez les hommes et les personnes les plus pauvres

La mort par suicide est une décision personnelle ultime, le plus souvent associée à un contexte de trouble psychique. Mais elle a aussi des déterminants démographiques et socioéconomiques (1).

Taux de mortalité par suicide plus élevé chez les hommes surtout chez les plus âgés

Avec environ 13 morts par suicide pour 100 000 habitants par an, la France enregistre un taux de suicide parmi les plus élevés en Europe (2). Selon une analyse de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) réalisée sur un échantillon représentatif de la population française, le taux de mortalité par suicide a été pour la période 2011-2021 de 20,5 pour 100 000 chez les hommes et de 6,3 pour 100 000 chez les femmes. En 2023, le suicide a représenté 2,1 % des causes de mort chez les hommes versus 0,7 % chez les femmes (1).

En outre, les hommes âgés de plus de 85 ans ont un taux de mortalité par suicide plus de 5 fois supérieur à celui des hommes âgés de 25 à 34 ans. La mort du conjoint est associée à un risque de mortalité par suicide 2 fois plus grand chez les femmes, et 9 fois plus grand chez les hommes, ce qui explique peut-être une part importante de la surmortalité par suicide des hommes âgés de plus de 65 ans (1).

Taux de suicide deux fois plus élevé chez les personnes les plus modestes

À âge similaire, le taux de mortalité par suicide est environ deux fois plus élevé chez les 10 % les plus modestes que chez les 10 % les plus aisés, chez les femmes comme chez les hommes (1).

Selon des données recueillies entre 2004 et 2021, sur le même échantillon représentatif, on observe les taux de mortalité par suicide les plus élevés chez les personnes sans activité professionnelle : 14,8 pour 100 000 chez les femmes, et 56,2 chez les hommes (1).

Une surmortalité par suicide est aussi observée chez les hommes agriculteurs, ouvriers ou employés comparativement aux cadres et aux professions dites intellectuelles supérieures, même après prise en compte d'autres caractéristiques individuelles (1).

Par ailleurs, le fait d'être né en France hexagonale est aussi un facteur de surmortalité par suicide par rapport au fait d'être né en outre-mer (à l'exception de La Réunion), spécifiquement chez les hommes ; ou par rapport au fait d'être né dans un autre pays, tout particulièrement en Afrique subsaharienne (1).

Une détermination sociale, connue depuis le 19e siècle

Les auteurs de cette étude sur le suicide soulignent que le lien observé entre pauvreté et suicide varie selon le contexte historique, géographique et socioéconomique (1). À la fin du 19e siècle, dans son étude sur le suicide considérée comme pionnière dans le domaine de la sociologie, Émile Durkheim observait des taux de mortalité par suicide plus bas dans les régions françaises pauvres et rurales (1,3).

Selon des études plus récentes, cette différence historique est attribuée au fait que les personnes pauvres sont aujourd'hui moins bien intégrées qu'autrefois dans des réseaux de solidarité traditionnels, que représentaient la famille, le village ou la communauté religieuse. La précarité économique associée à la fragilisation des liens sociaux, professionnels et institutionnels et à une stigmatisation, voire à des discriminations peut conduire au sentiment de ne pas pouvoir échapper à cette situation sociale et accroître le risque suicidaire (1).

Moins bien insérées dans la société, les personnes en situation des plus précaires sont aussi souvent les plus éloignées du système de soins, rendant la détection d'un risque suicidaire plus difficile (1). En complément du numéro national de prévention du suicide (31 14), il est important de développer ou de relayer les initiatives du type "aller-vers" ou d'autres actions en direction des personnes les plus à risque, comme par exemple le numéro Agri'écoute dédié aux agriculteurs en détresse (09 69 39 29 19) ou le dispositif VigilanS dédié aux personnes à risque de nouveau passage à l'acte (2à5).

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Sources

1- Hazo JB et coll. "Le suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, deux fois plus chez les plus modestes" Drees 2026 : 8 pages.

2- Prescrire Rédaction "VigilanS : un dispositif pour réduire les passages à l'acte suicidaire" Rev Prescrire 2024 ; 44 (491) : 703-704.

3- Durkheim É "Le suicide - Étude de sociologie" Félix Alcan, Paris 1897 : 477 pages (facsimilé disponible sur gallica.bnf.fr).

4- "« Aller-vers » pour promouvoir la santé des populations" Santé publique France 2021 : 48 pages.

5- "Agri'écoute, un service d'écoute en cas de détresse". Site www.msa.fr consulté le 20 mai 2026 : 3 pages.