Obstination

Certains médicaments plus dangereux qu'utiles sont commercialisés depuis des dizaines d'années. C'est par exemple le cas d'un vasodilatateur peu efficace pour prévenir les crises d'angor, mais qui expose à des ulcérations chroniques parfois mortelles : le nicorandil, initialement commercialisé sous les noms Ikorel° et Adancor° (lire aussi "Nicorandil : face aux dangers avérés, le maintien sur le marché est incompréhensible"). D'autres sont arrivés plus récemment sur le marché, par exemple les protéines d'arachide autorisées sous le nom Palforzia° dans la désensibilisation par voie orale. Quand elles sont utilisées dans la vie quotidienne des patients, et non dans le cadre d'un test de provocation à l'hôpital, elles augmentent la fréquence des réactions allergiques, y compris celles motivant l'injection d'adrénaline (lire aussi "protéines d’arachide (Palforzia°) et désensibilisation par voie orale à partir de l'âge de 1 an"). Dans ces deux cas, les firmes font preuve d'une obstination déraisonnable, en continuant à commercialiser le nicorandil alors que les signalements de pharmacovigilance s'accumulent depuis près de 30 ans, ou en demandant une extension d'indication pour élargir l'utilisation de ces protéines d'arachide aux enfants.

Dans les deux cas, les autorités de santé laissent ces médicaments sur le marché et continuent à les rembourser.

Face à cette obstination des firmes et au laisser-faire des autorités, les soignants se retrouvent dans une situation délicate. Les médecins peuvent agir en informant leurs patients et en les associant à la décision de ne pas prescrire ou de ne pas renouveler la prescription d'un médicament plus dangereux qu'utile. Les pharmaciens, quant à eux, peuvent expliquer aux patients les raisons de leur réticence à dispenser, et proposer d'éviter le médicament. Mais cela n'est pas facile et demande du temps et du tact. Pourtant, au final, éviter que des patients soient exposés aux dangers d'un médicament, c'est aussi mieux soigner.

RAY1_Sign_Gaspard