Nicorandil : face aux dangers avérés, le maintien sur le marché est incompréhensible

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La question clé

Fin 2025, qu'en est-il des données sur les risques du nicorandil et quelles sont les mesures prises par les autorités de santé françaises ?

Résumé

En France, une étude menée par plusieurs CRPV a recensé 62 cas d'ulcérations avec le nicorandil entre 2017 et 2024. Cet effet indésirable est souvent grave, et parfois mortel. La diffusion d'une nouvelle information de l'ANSM fin 2025 sur ce risque et les précautions associées est une mesure insuffisante pour protéger les patients des dangers de ce médicament.

Le nicorandil est un vasodilatateur commercialisé depuis plus de 30 ans en France (initialement sous le nom Ikorel° ou Adancor°) (1). Son efficacité n'est pas démontrée au-delà de l'effet symptomatique en prévention de la crise d'angor d'effort, alors qu'il cause des ulcérations chroniques douloureuses au niveau cutané (surtout des membres inférieurs), au niveau des muqueuses buccales, intestinales, anales, vaginales, voire au niveau de la cornée (1à3).

Les premiers cas d'ulcérations ont été signalés dès la fin des années 1990. Ces ulcérations sont souvent graves et invalidantes, évoluant parfois pendant des mois, souvent parce que le nicorandil n'est pas suspecté et arrêté. Les conséquences sont notamment des douleurs, des troubles de l'alimentation et des pertes de poids, des hémorragies, des abcès, des fistules, des hospitalisations, des interventions chirurgicales. Des patients sont morts d'une perforation d'organe (1à3). Prescrire conseille d'écarter le nicorandil des soins depuis 2011 (4,5).

Fin 2025, qu'en est-il des données sur les risques du nicorandil et quelles sont les mesures prises par les autorités de santé françaises ?

2017-2024 : persistance de cas graves d'ulcérations et souvent un arrêt trop tardif du médicament

Une étude menée par plusieurs centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) français a analysé 62 cas d'ulcérations imputés au nicorandil et recensés entre 2017 et fin 2024. 28 sont issus de la base de données nationale de pharmacovigilance, et 34 autres de la base de données du PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d'information) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse (6).

Les patients étaient âgés de 56 à 97 ans. Parmi les patients pour lesquels la dose journalière de nicorandil était renseignée, la grande majorité prenait des doses usuelles, soit 20 ou 40 mg par jour, deux prenaient une dose faible, de 5 mg par jour, et un patient prenait une dose de 60 mg par jour, ce qui reste en deçà de la dose maximale de 80 mg par jour renseignée dans le résumé des caractéristiques (RCP) (6,7).

Les ulcérations cutanées étaient localisées surtout au niveau des membres inférieurs, et les ulcérations muqueuses surtout au niveau de la bouche et du tube digestif. Le délai médian de survenue des ulcérations après le début du traitement par nicorandil était de 407 jours (de 123 à 1 826 jours) pour les 28 cas de la base de données nationale de pharmacovigilance (délai calculé pour les cas du CHU de Toulouse) (6).

Le nicorandil a été arrêté chez 36 des 62 patients (58 %), immédiatement pour 11 d'entre eux, mais parfois plusieurs années et jusqu'à 5 ans après la survenue des ulcérations. Chez 24 des 62 patients (39 %), le nicorandil a été poursuivi malgré les ulcérations et sa posologie a même été augmentée chez 2 d'entre eux (6).

Une évolution favorable des ulcérations, survenue en quelques mois après l'arrêt du médicament, est connue pour 15 patients. Pour 4 patients, il n'y a pas eu de régression des ulcérations plusieurs mois après l'arrêt. 6 patients sont morts, dont 3 malgré l'arrêt du nicorandil, en raison de complications digestives ou d'un sepsis.

Les auteurs ont souligné la sous-notification, aucun des 34 cas retrouvés dans le système d'information du CHU de Toulouse n'ayant été notifié au CRPV de Toulouse (6).

Fin 2025 : l'ANSM constate, se répète et laisse sur le marché

En raison de la persistance des signalements d'ulcérations graves, malgré les diverses modifications des RCP et des notices des spécialités contenant du nicorandil et plusieurs lettres aux soignants depuis les années 2010, l'Agence française du médicament (ANSM) a de nouveau informé sur le risque d'ulcérations graves fin 2025. Elle a rappelé : les délais d'apparition parfois longs des ulcérations cutanéomuqueuses ; l'augmentation du risque d'ulcérations digestives chez les patients âgés ou atteints d'une maladie diverticulaire et en cas de prise concomitante du nicorandil avec un corticoïde ou un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), dont l'aspirine (8).

L'ANSM a aussi rappelé l'importance d'informer les patients des symptômes évocateurs d'ulcérations avec le nicorandil (yeux rouges, douloureux, larmoyants ; plaies au niveau de la peau ou des muqueuses ; sang dans les selles ou vomissements avec du sang ; douleurs abdominales ou perte de poids rapide inexpliquée) et de l'arrêter immédiatement et définitivement en cas de survenue d'ulcérations cutanées ou muqueuses (8).

Pourtant, la persistance des signalements d'ulcérations graves ces dernières années témoigne de l'insuffisance de telles mesures pour protéger efficacement les patients (8).

Début 2026 : encore remboursable à 65 % !

En France, en 2015, la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) a maintenu son avis favorable à la prise en charge des spécialités contenant du nicorandil. Depuis, il n'y a pas eu d'autre évaluation par cette Commission, et au 30 décembre 2025, les médicaments à base de nicorandil restent remboursables à 65 % par la Sécurité sociale (1,9,10). Près d'un million de boîtes de ce médicament ont été remboursées par l'Assurance maladie en soins ambulatoires en 2024 (11).

En somme

Les risques graves auxquels expose le nicorandil sont disproportionnés face à sa faible efficacité. Patients et soignants n'ont pas besoin de ce médicament : quand un bêtabloquant ou un inhibiteur calcique n'est pas envisageable, un dérivé nitré est une meilleure option que le nicorandil. Que l'ANSM se cantonne à informer sur ses risques n'est plus acceptable. Faute de retrait du marché ou d'arrêt de commercialisation du nicorandil, un avis de la Commission de la transparence suivi d'une décision du ministère défavorables au remboursement de ce médicament irait dans le bon sens. Une telle inertie des autorités de santé est inadmissible !

©Prescrire

Sources

1- "Nicorandil : à quand un retrait du marché ?" Rev Prescrire 2016 ; 36 (396) : 742.

2- "Nicorandil" + "Patients ayant un angor" Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.

3- "Ulcérations cutanées : rôle du nicorandil reconnu tardivement" Rev Prescrire 2018 ; 38 (419) : 671-672.

4- "Des médicaments à éviter résolument" Rev Prescrire 2011 ; 31 (328) : 137.

5- "Bilan 2026 des médicaments à écarter : cardiologie" Rev Prescrire 2025 ; 45 (506) : 941-942.

6- Batty L et coll. "Risque d'ulcérations cutanéo-muqueuses lié au nicorandil : données récentes de la base nationale de pharmacovigilance française et du programme de médicalisation des systèmes d'information (Nicoruc)" + "Annexes" Therapie 2025 ; S0040-5957 (25) 00106-4.

7- ANSM "RCP-Nicorandil EG" 2 avril 2025.

8- ANSM "Médicament à base de nicorandil : rappel sur le risque d'ulcérations, les interactions médicamenteuses (avec les AINS, l'aspirine et les corticoïdes) et l'arrêt du traitement en cas de signes évocateurs - Lettre aux professionnels de santé" 29 octobre 2025 + "Médicaments à base de nicorandil : rappel sur le risque d'ulcérations et l'importance d'arrêter le traitement en présence de signes évocateurs" 12 novembre 2025 : 5 pages.

9- HAS - Commission de la transparence "Avis-Ikorel" 4 novembre 2015 : 5 pages.

10- "Nicorandil Almus" Site www. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr consulté le 30 décembre 2025.

11- Assurance maladie "Médicaments délivrés par les pharmacies de ville par classe ATC Medic'AM en 2024 (série labellisée)" Site www.assurance-maladie.ameli.fr consulté le 3 décembre 2025.