Dans le monde du médicament, pendant que les annonces prometteuses d'innovation et d'efficacité nourrissent l'espoir de patients et de spéculateurs, la pharmacovigilance progresse lentement.
Patiemment, les notifications de patients et soignants sont enregistrées, discutées, exploitées. Des bases de données de santé sont explorées à la recherche de signaux d'effets indésirables jusque-là méconnus, ou sous-estimés.
Quand il s'avère qu'un effet indésirable est préoccupant, le processus est censé aboutir à des changements de pratiques de soins, par exemple : réduire la posologie du médicament, mettre en place une surveillance renforcée de ses effets, le remplacer par un autre médicament plus adapté, voire l'arrêter.
Mais, à l'échelle d'une population, au-delà des démarches personnelles, le changement est lent.
Les firmes pharmaceutiques préfèrent que leur médicament reste sur le marché. Elles savent que la mention des risques dans le résumé des caractéristiques (RCP) du médicament les met à l'abri de sanctions judiciaires, et sont tentées d'en rester là.
Les agences du médicament retouchent peu à peu les RCP, publient des mises en garde, et parfois des courriers aux soignants. Mais concrètement, elles restreignent peu les prescriptions, procèdent rarement à des retraits du marché, et restent timorées quand il s'agit de proposer un médicament plus adapté. Tandis que les firmes peuvent multiplier publicités, communications, visites médicales et pharmaceutiques pour soutenir les ventes.
Et quand les alertes de pharmacovigilance viennent percuter la routine des soignants, souvent elles dérangent. Changer de pratiques, vraiment ? Alors qu'on croyait bien connaître le médicament en question ? Ou que la force de l'habitude prend le pas sur la réflexion pourtant nécessaire sur sa pratique ?
Quant aux patients, pourtant les premiers intéressés par la qualité des soins, ils sont souvent mal informés et encore trop peu organisés pour peser face à l'inertie ordinaire.
Voilà pourquoi Prescrire exploite l'autorisation d'accès à l'Échantillon national de données de santé en France qui lui a été accordée devant l'ampleur du désastre Mediator° (benfluorex). Des données de prescription, de dispensation et d'hospitalisation aident à objectiver l'exposition des patients aux médicaments, ses conséquences, et l'évolution des pratiques de soins qui en découle (lire aussi "Exposition des adultes aux hypocholestérolémiants en France (suite)"). Afin d'étayer, multiplier et renouveler les alertes ; estimer le niveau des dégâts ; soutenir des initiatives.
Pour changer, en mieux.