Pertinence des soins

La sobriété et la pertinence des soins sont devenues au cours des années 2020 un objectif largement partagé par de nombreux acteurs en France. Par exemple, les États généraux de la bioéthique, lancés début 2026, ont ajouté un nouveau thème intitulé "Sobriété en médecine : jusqu'où traiter ?".

Lors de son audition dans le cadre de ces États généraux, Prescrire a soutenu l'idée que la sobriété en matière de soins est une occasion d'améliorations dans l'intérêt des patients, tant dans sa dimension individuelle que dans sa dimension collective. À condition qu'elle s'inscrive dans une logique de pertinence des soins, et non dans une perspective économique : il s'agit de mieux faire, en faisant plus juste, et non de moins faire dans le seul objectif de réduire les dépenses.

La pertinence des soins est au cœur de décisions partagées par des professionnels de santé et des patients, à condition que ceux-ci soient bien informés des objectifs de soins et des différentes options de prévention ou de traitement.

Du point de vue de la collectivité, la pertinence des soins conduit à allouer les dépenses de santé aux actions réellement très efficientes en matière de balance bénéfices-risques et de balance coûts-bénéfices. Or, aujourd'hui, les dépenses de santé sont orientées de manière excessive vers des produits de santé nouveaux, présentés comme innovants sans réel progrès thérapeutique, souvent dans des niches extraordinairement lucratives. C'est notamment le cas avec de nombreux nouveaux médicaments pour traiter certains cancers ou certaines maladies rares, pour un avantage clinique minime parfois marginal, voire, au prix, au total, d'une dégradation de la qualité de vie.

Il ne s'agit pas de cibler telle ou telle catégorie de personnes qui accapareraient une trop grande part des ressources de la solidarité nationale, mais de remettre en cause un système financiarisé de recherche et de production pharmaceutique. Cela implique de contester les prix prédateurs que certaines firmes demandent et obtiennent après négociation avec les autorités. Et cela implique aussi que les firmes soient plus transparentes sur les limites de l'efficacité réelle de leurs produits, leur impact environnemental, ou encore sur les aides publiques dont elles bénéficient avant de les commercialiser.

Pour mieux soigner les patients, on a tous besoin d'une information indépendante et fiable sur l'efficacité comparative et les coûts de chaque intervention de santé, à tous points de vue, pour s'approprier lucidement la notion de pertinence des soins, source de sobriété, et souvent de déprescriptions.

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