Inimaginable

Certains événements bouleversent la société toute entière. Le procès dit des viols de Mazan est de ceux-là. Il a secoué les consciences à propos d'un phénomène encore mal cerné : la soumission chimique. Pour la société, pour les soignants, il y a un avant et un après procès de Mazan.

Ce procès a mis en lumière que ce mode opératoire de violences n'est pas uniforme. Il peut survenir partout, y compris dans un contexte privé. Et pas seulement au moyen du GHB ou d'autres substances achetées sur internet, mais aussi avec des médicaments détournés de l'armoire à pharmacie familiale, en premier lieu des benzodiazépines, des antihistaminiques H1, des opioïdes et des neuroleptiques.

Quant à l'agresseur, il n'est pas forcément inconnu de sa victime, au contraire. Souvent, au lieu d'un monstre initié à l'utilisation de poisons d'exception, il s'agit d'un individu à l'allure banale ou aux traits familiers, recourant à des substances familières.

À Mazan, l'agresseur était perçu comme un bon mari et un bon père de famille. Il ajoutait lorazépam et zolpidem au verre de vin de son épouse ou à son écrasé de pommes de terre. Il cachait ces médicaments dans le garage, dans des chaussures de randonnée. Avant la révélation des faits, les troubles cognitifs dont souffrait Gisèle Pélicot restaient inexpliqués : des troubles de la mémoire, des suspensions de la conscience, l'impression d'être inerte.

Pour les soignants, ce dont le procès des viols de Mazan fait prendre conscience est très concret : face à certains troubles, il faut parfois évoquer l'inimaginable. Et si c'était lié à une soumission chimique, par médicament ou non ? Car des trous de mémoire, des vertiges inexpliqués ou des troubles neurologiques récurrents, parfois en présence de signes de violences ou de troubles génitaux, peuvent trouver leur origine dans l'administration de substances psychotropes à l'insu d'une personne, même en l'absence de signes de violences.

Quand il explore les causes de tels troubles, tout soignant fait l'exercice du doute. Mais ce doute est à écarter quand il recueille la parole d'une personne possiblement victime d'une soumission chimique en accueillant cette parole, avec respect, sans la minimiser ni la juger. Écouter, croire, épauler, accompagner et orienter vers des examens complémentaires et une prise en charge spécialisée. En France, après la prise de conscience, la réponse des pouvoirs publics à la soumission chimique se structure davantage (lire aussi "Les médicaments de la soumission chimique").

Reste, plus largement, à réfléchir collectivement aux notions de domination, de confiance, de respect et de consentement dans toute la société, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, et à agir.

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