Avec ou sans label

Parmi les guides et les fiches de pratique clinique de la Haute autorité de santé (HAS) régulièrement analysés par Prescrire depuis plus de 20 ans, certains sont produits par la HAS elle-même. Depuis quelques années, d'autres recommandations de bonnes pratiques sont élaborées par des organismes tiers (sociétés savantes, conseils nationaux professionnels de spécialités, ou encore Collège de la médecine générale) et labellisées par la HAS.

La labellisation par un organisme public est une procédure bienvenue quand la recommandation labellisée est de qualité. Par exemple, le guide "Diagnostic et prise en charge des enfants ayant ingéré une pile bouton ou une pile plate" a reçu la cotation « Intéressant » par Prescrire (lire n° 472 p. 152).

Mais, cette procédure de labellisation par la HAS demande une vigilance particulière en ce qui concerne les liens d'intérêts, et les influences que cela pourrait entraîner. Car certains organismes tiers entretiennent, souvent de façon plus ou moins transparente, des liens avec des firmes ou des promoteurs financiers.

Or, la labellisation laisse à l'organisme tiers la mission de sélectionner les membres du groupe de travail, ce qui peut influencer certaines prises de position, indépendamment de la procédure d'examen des conflits d'intérêts des personnes participant aux groupes de travail.

D'autant plus que le financement de la labellisation repose en général sur l'organisme tiers qui élabore les recommandations, une porte ouverte à des choix de thématique tributaires de financeurs qui auraient un intérêt économique ou politique particulier.

De même, la mise à jour des recommandations labellisées est laissée à l'appréciation de l'organisme tiers. Ceci ne permet pas une planification rigoureuse des révisions des recommandations ni la mise à jour des données disponibles sur un sujet.

Pour les soignants, la multiplication des canaux d'information peut donner l'illusion que des recommandations labellisées par la HAS sont concordantes avec les propos de telle ou telle société savante, alors qu'il s'agit en réalité d'une seule et même source d'information. Information aussi parfois propagée aux patients dans le cadre de campagnes financées par des firmes.

Pour les soignants, ceci se traduit par du temps passé à expliquer les raisons de ne pas proposer une intervention ou de ne pas utiliser un traitement malgré la pression sociale qui peut l'entourer.

Devant la multiplication des informations en matière de santé, s'appuyer sur des sources fiables et indépendantes aide à les trier et permet de consacrer son temps à des soins de qualité.

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