Bien commun

À l'heure où les capitaux pour acquérir des pharmacies d'officine sont parfois difficiles à trouver ; où certaines structures d'exercice collectif, notamment de médecine générale, rencontrent des difficultés économiques ; où les professionnels de santé hors de l'hôpital recherchent un mode de travail collectif, un support structurel ou organisationnel, une aide pour gérer la charge administrative, il est légitime de rechercher des financements et des soutiens matériels. Cela ouvre des possibilités prometteuses pour des investisseurs non soignants, leur permettant de pénétrer le secteur de la santé via des structures financières à but lucratif (lire aussi "Financiarisation de la santé").

Déjà à l'œuvre en radiologie, biologie médicale et médecine dentaire, la financiarisation s'étend peu à peu au secteur officinal et aux structures de soins collectifs de premier recours (à lire dans le prochain numéro). Au-delà des avantages qu'elle apporte réellement ou fait miroiter, et des risques pour l'indépendance professionnelle des soignants, qu'en est-il des réels bénéfices pour les patients en matière de qualité, de pertinence et d'accès aux soins ?

Au-delà des interrogations centrées sur les patients et les besoins des soignants, il est utile de s'interroger sur la stratégie de ces structures à but lucratif. La santé y est un objet de profit avec une priorité aux secteurs et aux soins les plus rentables. Il est aussi utile de tirer les conclusions de l'aphorisme "celui qui commande est celui qui paye", plus que jamais une réalité à même d'influencer de façon néfaste les soins.

Des décisions fortes des pouvoirs publics sont nécessaires. Pour protéger la santé publique, dans l'intérêt général. En encadrant et en surveillant sérieusement les structures privées qui investissent le secteur de la santé, et la manière dont elles le font. Afin de ne pas pérenniser ou reproduire des situations profitables pour les investisseurs mais délétères pour les patients, telles que celles rapportées dans certains établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (lire n° 466, p. 628).

Comment les intérêts divergents entre patients et investisseurs se gèrent-ils ? Et le désengagement de la structure par le soignant ? Pour éviter l'aliénation de sa liberté de soignant, il est important d'être vigilant et de se poser les bonnes questions vis-à-vis des propositions "clés en main" qui promettent facilité, simplicité, etc.

Avec toujours pour boussole l'intérêt premier des patients, et donc aussi l'indépendance professionnelle.

La santé est plus que jamais un bien commun à garantir.

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