Jusqu'à quand ?

L'amiante était appelé le "magic mineral", indestructible, imputrescible. Bon à tout, il a eu des milliers d'utilisations et a causé des millions de morts prématurées par cancer dans le monde. Et ce n'est pas fini. Trente ans après son interdiction en France, il est toujours là dans notre environnement, parfois les maisons, les bureaux (lire aussi n° 510, p. 305-307), et autres lieux de travail, les écoles. Les alertes n'avaient pourtant pas manqué.

Le diéthylstilbestrol, alias DES, a été utilisé dès les années 1930, pour prévenir les complications de la grossesse. Publié en 1953, le premier essai comparatif randomisé et en double aveugle ne confirme pas son efficacité et révèle sa possible nocivité. Ce qui n'a pas empêché la publicité pharmaceutique de continuer à le présenter comme un "remède miracle", recommandé chez toutes les femmes enceintes. Rien qu'en France, environ 160 000 grossesses y ont été exposées jusqu'en 1977. En 2026, trois générations en restent affectées : les mères, leurs enfants exposés in utero et leurs petits-enfants. Cancérogène, le DES est aussi devenu un modèle morbide des effets délétères des substances perturbatrices endocriniennes.

Parmi ces substances, le dichlorodiphényltrichloroéthane, alias DDT, un "pesticide miracle" abondamment utilisé pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Dès 1962, dans son livre "Silent Spring", la biologiste Rachel Carson en dénonce les effets dévastateurs sur la faune et s'interroge sur sa toxicité chez les humains. Le DDT (devenu classé cancérogène probable) et les substances proches seront progressivement interdits, mais, en 2026 encore, ils restent présents dans l'environnement tant leur dégradation est lente.

Et nous voici envahis (eaux, sols, sédiments, flore, faune, humains) par des milliers de substances qui se dégradent si peu qu'elles sont appelées "polluants éternels", les PFAS (lire aussi n° 510, p. 296-304, et dans ce numéro, "Contamination par les PFAS. Informer sur les sources d'exposition pour réduire les effets néfastes sur la santé"). Ces substances, elles aussi "miracles", sont utilisées dans de très nombreux secteurs, y compris celui de la santé. Devant l'accumulation de leurs effets néfastes, certains proposent de toutes les interdire. Mais les PFAS ne disparaîtront pas pour autant. Et par quoi seront-ils remplacés ? Gageons que l'industrie chimique, tout comme l'industrie pharmaceutique, continuera de nous présenter des nouveautés "magiques" pour en maximiser l'utilisation à leur profit.

Jusqu'à quand ? Si nous ne voulons pas voir s'allonger la liste des mirages se dissipant dans la maladie et les souffrances qu'ils entraînent, nous devons apprendre à tenir compte des alertes et à passer les prétendues substances "miracles" au crible d'une évaluation critique rationnelle et indépendante.

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