Souffrance psychique : estimer le risque de suicide
La Journée mondiale de prévention du suicide est une occasion de rappeler que s'enquérir sans détour d'éventuelles pensées suicidaires ne semble pas augmenter le risque de passage à l'acte.
La crise suicidaire est une réaction à une souffrance insupportable, quand les moyens de défense pour maintenir un équilibre psychologique sont dépassés. La dépression est un facteur de risque important de suicide. La prise de certaines substances, médicaments ou drogues, certaines affections somatiques, ainsi que certains troubles psychiques exposent à une dépression ou à l'aggravation de symptômes dépressifs. Pour autant, les personnes qui se suicident ne sont pas toutes déprimées et toutes les personnes déprimées ne vont pas tenter de se suicider (1,2).
Le risque de suicide semble plus élevé chez certaines personnes, notamment les personnes incarcérées, les militaires, les agriculteurs, les personnes travaillant dans le secteur de la santé ou de l'action sociale, celles ayant un membre de la famille qui s'est suicidé, les personnes ayant été victimes de violences dans l'enfance, les personnes transgenres, les personnes homosexuelles ou bisexuelles, ainsi que les personnes âgées (1).
En France, en 2017, un tiers des morts attribuées à un suicide sont survenues chez des personnes âgées de 65 ans ou plus (1). Le suicide est aussi une des premières causes de mortalité maternelle, pendant la grossesse ou dans l'année suivant l'accouchement. Les principaux facteurs de risque sont l'isolement, une grossesse non désirée, les violences conjugales, les antécédents psychiatriques personnels ou familiaux, le déroulement de la grossesse et du post-partum, l'usage de drogues et des événements de vie stressants (3).
Une tentative de suicide antérieure, l'usage de drogue, en particulier la consommation d'alcool, l'expression d'idées suicidaires ou d'intentions de suicide sont des facteurs de risque important de suicide abouti. D'autres facteurs tels que l'isolement et le manque de soutien social, souffrir de douleurs chroniques ou de troubles du sommeil sont aussi à prendre compte (1).
Face à une personne en souffrance, il est difficile de prévoir un tel passage à l'acte. S'enquérir sans détour d'éventuelles pensées suicidaires ne semble pas augmenter le risque de passage à l'acte. En général, cela est bien accepté si l'entretien se fait dans un climat de confiance et que le patient se sent reconnu dans sa souffrance. Plus les intentions du patient sont précises, plus le risque de passage à l'acte semble élevé. Il importe donc de rechercher à quel point les pensées suicidaires sont intrusives et répétitives. Par exemple en posant des questions telles que :
- Avec quelle fréquence ces pensées vous viennent-elles ?
- Avez-vous pensé à comment vous mettriez fin à vos jours ?
- Êtes-vous en possession de l'arme, de la corde, du médicament que vous utiliseriez ?
- Avez-vous déjà pensé au moment où vous passeriez à l'acte (1) ?
Quand le risque de suicide paraît très élevé, une hospitalisation en urgence est à envisager. Quand il est faible, il paraît utile d'établir avec le patient un plan de sécurité détaillant par écrit les étapes à suivre si des idées suicidaires surviennent (1).
En cas de doute concernant la prise en compte des signes de détresse ou de questions au sujet de l'orientation du patient, en France, un soignant spécifiquement formé est joignable en permanence, au numéro de téléphone 3114. Des informations à destination des personnes en souffrance, de leur entourage et des soignants sont aussi disponibles sur le site 3114.fr (1).