Crise de migraine chez un adulte

Points-clés

Une crise de migraine associe un mal de tête souvent unilatéral et pulsatile à des nausées, une photophobie ou une phonophobie, sans fièvre. Une crise de migraine dure en général entre 4 et 72 heures.

Le médicament antalgique de premier choix est le paracétamol ou, quand celui-ci est insuffisamment efficace ou non adapté, l’ibuprofène ou le naproxène.

En cas d’efficacité régulièrement insuffisante de ces antalgiques non spécifiques, le choix se porte sur le sumatriptan.

La migraine est une affection caractérisée par des crises répétées de maux de tête (alias céphalées), qui durent plusieurs heures, voire plusieurs jours (1).

Les crises de migraine touchent environ 15 % des adultes, plus fréquemment des femmes (2).

Les crises de migraine apparaissent en général dans l’enfance ou l’adolescence, avec un pic de fréquence à l’âge adulte (1).

Reconnaître

Maux de tête associés à des nausées

Les maux de tête d’une crise de migraine sont le plus souvent :

  • unilatéraux ;
  • pulsatiles ;

  • augmentés par l'activité physique (marche, montée des escaliers) (8).

Ils sont fréquemment accompagnés de :

En général, une crise de migraine dure entre 4 et 72 heures (8).

Entre les crises, les patients ne souffrent d’aucun symptôme en lien avec la migraine (1).

Chez plus de 70 % des patients, divers symptômes surviennent jusqu’à 48 heures avant le début de la crise de migraine, par exemple des variations de l’humeur ou de l’appétit (2).

Le diagnostic de migraine repose uniquement sur des critères cliniques. Il n'y a pas d'examen paraclinique de référence pour confirmer ce diagnostic (8).

Quand on évoque une migraine, la présence de nausées est l’information la plus discriminante pour retenir ce diagnostic. Un antécédent familial de migraine, une photophobie, une phonophobie et une douleur unilatérale ou pulsatile contribuent aussi à retenir ou écarter une migraine à bon escient (8).

Migraine avec aura

Chez environ 20 % des patients migraineux, les maux de tête sont précédés ou accompagnés de symptômes neurologiques complètement réversibles :

  • symptômes visuels tels que lumières clignotantes, spots, traits ou pertes de vision ;
  • symptômes sensoriels tels que sensations d'aiguilles ou engourdissement ;
  • troubles de la parole ou du langage ;
  • symptômes moteurs tels que faiblesse d'un membre, de la face ou de la moitié du corps ;
  • symptômes liés au tronc cérébral tels que vertiges, diplopie, hypoacousie, acouphène (3)(9)(10).

Ces symptômes se développent progressivement en 5 à 20 minutes et durent le plus souvent moins de 1 heure. On parle alors de migraine avec aura (ou migraine accompagnée) (3)(9)(10).

Ne pas confondre avec d’autres causes de maux de tête

L’entretien avec les patients qui ont des maux de tête vise à distinguer une crise de migraine d’autres causes de maux de tête, notamment :

  • céphalées de tension : maux de tête bilatéraux, non pulsatiles, accompagnés de tension des muscles du cou et d’une sensation de pression derrière les yeux durant plusieurs heures ;
  • algie vasculaire de la face : maux de tête unilatéraux intenses durant moins de 3 heures, associés à des signes locaux (larmoiement, rougeur conjonctivale, etc.), se répétant plusieurs fois par jour ;

  • céphalées post-traumatiques ;

  • névralgie du trijumeau : douleur fulgurante de type “choc électrique” dans une partie du territoire du nerf trijumeau (le plus souvent maxillaire ou mandibulaire), durant quelques secondes, souvent déclenchée par la stimulation d’une zone cutanée ou muqueuse (2)(11)(12)(13).

Des douleurs inhabituelles ou des troubles neurologiques graves associés font évoquer une autre cause de mal de tête qu’une crise de migraine. Quand les symptômes sont atypiques ou que l’examen neurologique est anormal, des examens complémentaires sont justifiés, à la recherche notamment d’une affection intracrânienne (3)(14).

 

Signes d'alerte

Signes d’alerte lors d'un mal de tête

En cas d’apparition d’un mal de tête chez un adulte, les principaux signes d’alerte évocateurs d’une cause, parfois grave, autre qu’une crise de migraine sont :

  • douleur d'intensité jamais ressentie jusque-là ;
  • aggravation de l’intensité douloureuse d’une crise à l’autre ;
  • fièvre sans cause évidente ;
  • signes associés s’expliquant mal ou évoquant une autre affection tels que paralysie faciale, troubles moteurs d’un membre, troubles du langage ;
  • vomissements précédant le mal de tête ;
  • mal de tête gênant le sommeil ;
  • mal de tête durable et intense malgré les médicaments antalgiques (4).

Les causes graves de maux de tête sont notamment :

  • méningite ;
  • artérite à cellules géantes (alias maladie de Horton) ;

  • tumeur ;

  • glaucome aigu ;

  • hématome sous-dural ;

  • hypertension intracrânienne ;

  • intoxication aiguë au monoxyde de carbone (4).

Facteurs de survenue

Des mécanismes déclencheurs mal élucidés

Les mécanismes déclencheurs d’une crise de migraine sont mal élucidés. Une composante héréditaire semble probable (2)(3).

Certaines situations sont susceptibles de provoquer des crises de migraine, notamment :

  • stress ;
  • jeûne ;

  • stimulations visuelles ;

  • troubles du sommeil (2).

De nombreuses substances exposent à des maux de tête :

  • tabac ;
  • café ;

  • alcool ;

  • diverses drogues ;

  • substances chimiques d’usage professionnel ou domestique (4).

Chez les femmes, les fluctuations du taux d’estrogènes dans le sang au cours du cycle menstruel contribuent au déclenchement de crises de migraine (5).

Et si c’était dû au médicament ?

Des médicaments parfois en cause

De nombreux médicaments sont à l’origine de maux de tête semblables à des migraines, notamment :

  • les dérivés nitrés ;
  • les contraceptifs hormonaux ;

  • les médicaments antalgiques en usage continu, parfois à l'origine de maux de tête autoentretenus, qui s’ajoutent à la migraine initiale (60).

Évolution naturelle

Gêne variable selon la fréquence et la sévérité des crises

La fréquence des crises de migraine est variable selon les patients, souvent comprise entre 1 et 4 crises par mois. Elle est fluctuante au cours de la vie et s’améliore souvent au fil du temps. Une recrudescence survient chez certaines femmes aux alentours de la ménopause (1)(3).

Des crises de migraine rapprochées retentissent sur la vie familiale, sociale ou professionnelle des patients et sont parfois invalidantes (1).

Les crises de migraine n’exposent pas en elles-mêmes à des complications mettant en jeu le pronostic neurologique ou vital (1).

Chez les femmes qui ont des migraines avec aura, le risque d’accident vasculaire cérébral est probablement un peu plus élevé que chez les femmes non migraineuses, surtout en cas de contraception estroprogestative ou de consommation de tabac (6)(7).

Traitements

Le traitement d’une crise de migraine vise à soulager aussi vite que possible les douleurs et les symptômes associés, notamment les nausées et vomissements (3)(9).

Par ailleurs, repérer et éviter les facteurs de survenue des crises de migraine permet parfois de réduire la fréquence des crises et donc de recourir moins souvent à un traitement médicamenteux (1).

Soulager la douleur

Le traitement antalgique des crises de migraine est à choisir en tenant compte de la fréquence des crises, de leur intensité, des effets indésirables des médicaments, de leur efficacité lors des crises antérieures, de l’effet placebo, et du risque de dépendance aux antalgiques (3).

L’efficacité des médicaments antalgiques est plus grande quand ils sont pris dès le début de la crise de migraine, avant son installation complète (3).

Recours inadapté aux antalgiques : risque de céphalées chroniques et de syndromes de sevrage

Il est utile d’informer les patients migraineux que l’utilisation fréquente, voire quotidienne de médicaments antalgiques, notamment à visée préventive, contribue à provoquer ou entretenir les crises de migraine, avec un risque de chronicité (état de mal migraineux) (3).

En cas de prises excessives de médicaments antalgiques, leur arrêt brutal expose, dans les jours qui suivent, à un syndrome de sevrage qui conduit à prendre à nouveau des antalgiques. Ce syndrome se manifeste par une forte augmentation des maux de tête, parfois associée à des nausées, des vomissements, une hypersudation, une insomnie (3).

Premier choixNon médicamenteux

Repos, application de froid

Certaines mesures contribuent à soulager des patients lors d’une crise de migraine et suffisent parfois :

  • repos dans un environnement sombre et silencieux, à une température fraîche ;
  • application de froid sur la tête ;

  • sommeil de quelques heures (3).

Premier choixMédicamenteux

Paracétamol

En cas de crise de migraine, le paracétamol est le médicament antalgique de premier choix. Il soulage environ la moitié des patients et expose à moins d’effets indésirables et à moins d’interactions médicamenteuses que d’autres médicaments antalgiques (15)(16)(17)(18).

Le profil d'effets indésirables du paracétamol comporte surtout des atteintes hépatiques graves et parfois des atteintes rénales aiguës en cas de surdose (19).

Chez les adultes pesant 50 kg et plus, la dose de paracétamol par voie orale est de 500 à 1 000 mg par prise, sans dépasser 4 000 mg par jour (20).

Chez les adultes pesant moins de 50 kg, la dose est à limiter à 15 mg/kg par prise, sans dépasser 60 mg/kg par jour (20).

La toxicité hépatique du paracétamol est augmentée chez certains patients, en cas : d’affection hépatique ; de consommation importante d’alcool, de malnutrition ; de jeûne prolongé ou d'anorexie ; de prise d'un médicament inducteur enzymatique. Chez ces patients adultes, il est prudent de ne pas dépasser 3 000 mg de paracétamol par jour, voire 2 000 mg chez ceux qui pèsent moins de 50 kg (19)(20)(21).

Quand la voie orale n’est pas utilisable, le paracétamol par voie rectale est une option, à la même posologie que par voie orale (22).

Gare à l’association de plusieurs médicaments contenant du paracétamol

De nombreuses spécialités aux noms commerciaux différents, dont certaines utilisées en automédication, contiennent du paracétamol. La prise concomitante de plusieurs d’entre elles augmente le risque de surdose de paracétamol. Soignants et patients ont intérêt à vérifier le contenu des spécialités en se repérant grâce à la dénomination commune internationale (DCI) (23)(24).

AlternativeMédicamenteux

Ibuprofèneou naproxène

En cas de crise de migraine, quand le paracétamol est insuffisamment efficace pour soulager la douleur ou qu’il n’est pas adapté, l’ibuprofène ou le naproxène, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), sont des alternatives, compte tenu de leur efficacité démontrée dans cette situation et de leurs effets indésirables peu fréquents en prise ponctuelle (15)(25)(26).

Quand la voie orale n'est pas utilisable, un AINS en suppositoires ou sous forme injectable est une option. En France, faute d'ibuprofène ou de naproxène disponibles sous ces formes en dehors de l'hôpital, le choix se porte sur le kétoprofène (27)(28).

Le profil d’effets indésirables des AINS comporte surtout des : troubles digestifs fréquents tels qu’inconforts gastro-intestinaux, nausées et diarrhées en général bénignes, ulcères gastroduodénaux, perforations et hémorragies digestives, colites ; insuffisances rénales ; rétentions hydriques ; hypertensions artérielles ; saignements ; aggravations d’infections (29).

Les AINS exposent à de nombreuses interactions médicamenteuses, notamment par addition d’effets indésirables (29).

Il est préférable d’éviter l’utilisation des suppositoires à base d’AINS chez des patients ayant un antécédent d’inflammation anorectale ou hémorroïdaire (27).

L’injection intramusculaire d’un AINS expose à des douleurs au site d’injection ainsi qu'à des infections des tissus mous, rares mais graves (27)(30).

Chez les adultes, l’ibuprofène par voie orale est à prendre à la dose de 200 mg à 400 mg par prise, environ toutes les 6 à 8 heures sans dépasser 1 200 mg par jour, en adaptant la posologie en fonction de l’intensité des symptômes. Au-delà de 1 200 mg par jour, la balance bénéfices-risques de l’ibuprofène est défavorable, en raison notamment d’un risque cardiovasculaire accru (24)(31).

La posologie du naproxène est de 500 mg de naproxène base (soit 550 mg de naproxène sodique) lors de la première prise, suivie de 250 mg toutes les 6 à 8 heures, sans dépasser 1 000 mg par jour (32).

Gare à l’association de plusieurs médicaments contenant de l’ibuprofène

De nombreuses spécialités aux noms commerciaux différents contiennent de l’ibuprofène. La prise concomitante de plusieurs d’entre elles expose à une surdose et à un risque accru d’effets indésirables. Soignants et patients ont intérêt à vérifier la composition des spécialités en se repérant à l’aide de la dénomination commune internationale (DCI) (24).

AlternativeMédicamenteux

Sumatriptan, voire naratriptan

Les triptans (des agonistes sérotoninergiques vasoconstricteurs) ont une efficacité antalgique démontrée en cas de crise de migraine. Ils sont une option utile chez les patients souffrant régulièrement de crises intenses peu ou pas soulagées par les antalgiques non spécifiques (5).

Le sumatriptan par voie orale est le triptan de premier choix. Il a une action rapide, avec une concentration plasmatique maximale atteinte en 2 heures (33)(34)(35).

Chez un quart à un tiers des patients soulagés par une première prise de sumatriptan, une réapparition des maux de tête survient dans les 48 heures (34)(36).

Quand la voie orale n’est pas utilisable, notamment en raison de vomissements, le sumatriptan en solution pour pulvérisation nasale est utile (33).

Quand le sumatriptan par voie orale ou nasale n’a pas été efficace au cours des crises précédentes, le sumatriptan par voie sous-cutanée est un recours lors d’une nouvelle crise (37)(34).

Le naratriptan, un autre triptan, par voie orale a une action moins rapide que le sumatriptan, mais il expose à moins de réapparitions des maux de tête (38).

Le profil d'effets indésirables des triptans comporte surtout des : douleurs, fourmillements, chaleurs, sensations de lourdeur ou d’oppression qui peuvent toucher n’importe quelle partie du corps ; augmentations transitoires de la pression artérielle, troubles du rythme cardiaque ; symptômes liés à une vasoconstriction, quel que soit le territoire : spasmes des artères coronaires, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux, phénomènes de Raynaud, colites ischémiques, cécités (39).

Les triptans exposent à de nombreuses interactions médicamenteuses par addition d'effets indésirables. L'association d'un triptan avec un autre médicament ayant une activité sérotoninergique tel que le tramadol ou un antidépresseur expose à des syndromes sérotoninergiques (40).

L'association d'un triptan avec un autre vasoconstricteur tel qu’un dérivé de l’ergot de seigle ou un sympathomimétique utilisé comme décongestionnant nasal expose à des spasmes vasculaires et à des hypertensions artérielles (39).

Si une première prise de triptan n’a pas été efficace, il est inutile de renouveler la prise au cours de la même crise de migraine (34)(36).

En cas de soulagement à la suite d'une première prise de triptan, puis de réapparition des maux de tête, une deuxième prise est possible, après un intervalle d'au moins 2 heures avec le sumatriptan, et d'au moins 4 heures avec le naratriptan (34)(38).

Soulager les nausées et vomissements

Sans preuve d'efficacitéMédicamenteux

Métoclopramide

Le métoclopramide, un neuroleptique, est parfois proposé contre les nausées et les vomissements associés à des crises de migraine chez les adultes (3). Toutefois, son utilisation est à limiter autant que possible du fait des effets indésirables parfois graves auxquels il expose (41).

Le métoclopramide expose à des torsades de pointes par allongement de l’intervalle QT de l’électrocardiogramme et à des morts subites. Il expose aussi à des : troubles extrapyramidaux, effets atropiniques, convulsions (42)(43).

Le métoclopramide expose à des interactions médicamenteuses, notamment par addition d’effets neuropsychiques et cardiovasculaires (42).

Traitements à écarter

Traitements à écarter lors d’une crise de migraine

Opioïdes

Les opioïdes n'ont qu'une efficacité modérée pour soulager une crise de migraine, alors qu'ils exposent notamment à des nausées et vomissements et à des dépendances. Leur balance bénéfices-risques est en général défavorable dans cette situation (3).

Ergotamineet dihydroergotamine

L’ergotamine et la dihydroergotamine (des dérivés de l’ergot de seigle) exposent à des effets indésirables disproportionnés en regard de leur efficacité modeste dans la migraine, notamment des : manifestations liées à une vasoconstriction périphérique (paresthésies, cyanoses, douleurs des extrémités, douleurs thoraciques) ; troubles digestifs ; céphalées auto-entretenues en cas d’usage fréquent ; convulsions ; rares fibroses rétropéritonéales, pleuropulmonaires, péricardiques lors d’une utilisation au long cours, et atteintes valvulaires cardiaques (44)(45).

Dompéridoneet métopimazine

La dompéridone et la métopimazine, des neuroleptiques, exposent à des troubles du rythme cardiaque, des accidents vasculaires cérébraux ischémiques et à des morts subites, effets indésirables disproportionnés par rapport aux symptômes traités et à leur faible efficacité sur les nausées et vomissements (46).

Situation particulière : enceinte ?

Mesures autres que médicamenteuses, voire paracétamol

Chez la plupart des femmes migraineuses, les migraines sont moins fréquentes au cours de la grossesse, surtout au cours du 3e trimestre (47).

Le traitement d’une crise de migraine au cours de la grossesse repose d’abord sur des mesures autres que médicamenteuses (47).

Quand une femme enceinte prend un médicament, l’enfant à naître est lui aussi exposé à ses effets (48).

Le paracétamol est le médicament de premier choix en cas de douleur pendant toute la durée de la grossesse (19).

Néanmoins, il est prudent de considérer qu'en fin de grossesse, le paracétamol est un facteur de fermeture prématurée du canal artériel, surtout quand la dose atteint ou dépasse 1 500 mg par jour, pendant plusieurs jours (19).

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont à écarter, même en traitement bref, chez les femmes enceintes ou qui pourraient l'être (29).

Pris en début de grossesse, les AINS exposent à des avortements spontanés, notamment précoces, et à des malformations, notamment cardiaques (29).

Pris au 2e ou au 3e trimestre de la grossesse, les AINS exposent le fœtus à une fermeture du canal artériel, même en cas de prise unique, à une hypertension artérielle pulmonaire, à une détresse cardiorespiratoire et à une insuffisance rénale (29).

Les AINS réfrènent les contractions utérines, prolongent, voire retardent l'accouchement. Ils exposent la mère à des hémorragies au cours de l’accouchement et à des thromboses (29).

Les triptans tels que le sumatriptan et le naratriptan sont à éviter tout au long de la grossesse (47)(49). Chez les femmes enceintes exposées à un triptan, le risque que la grossesse n’aboutisse pas à une naissance vivante est environ 30 % plus grand que chez des femmes non exposées (50). Pris au 1er trimestre de la grossesse, les triptans exposent peut-être l'enfant à naître à des atrésies de l'œsophage. Pris aux 2e et 3e trimestres de la grossesse, ils exposent à des infarctus placentaires et des hypertensions artérielles chez la mère, des retards de croissance intra-utérins, voire des morts fœtales ; et près du terme, à des atonies utérines et à des hémorragies du post-partum (39).

Pour le soulagement des nausées et des vomissements associés aux crises de migraine chez les femmes enceintes, quand un médicament est jugé souhaitable, la doxylamine (un antihistaminique H1) est l'antiémétique le plus acceptable malgré ses effets sédatifs parfois importants. Les incertitudes autour de ses dangers pour l’enfant à naître incitent à ne l’employer qu’au cas par cas, en cherchant avec chaque patiente la dose minimale qui suffit à apporter un soulagement acceptable (51)(52).

Il est prudent de considérer que la doxylamine a un effet tératogène (53).

Près de la naissance, le nouveau-né est exposé à ses effets sédatifs et atropiniques : perturbations de la succion, troubles neurologiques tels que des agitations ou trémulations, retards d'évacuation du méconium, distensions abdominales voire iléus, accélérations du rythme cardiaque, troubles de la régulation thermique et symptômes de sevrage (53).

Les effets psychotropes de la doxylamine exposent à des conséquences mal cernées à long terme sur le développement neuropsychique des enfants exposés in utero (53).

La doxylamine expose à des effets atropiniques, à des dépendances, et à des somnolences qui rendent dangereuses certaines activités telles que l’utilisation de machines et la conduite de véhicules (53)(54)(55).

Une insuffisance rénale expose à une surdose de doxylamine (53).

La doxylamine expose à des interactions médicamenteuses, notamment par addition d’effets sédatifs ou d’effets atropiniques (53).

Situation particulière : allaitement maternel

Paracétamol, voire ibuprofène

Chez la plupart des femmes migraineuses, une recrudescence des migraines est constatée après l'accouchement. Toutefois, cette recrudescence semble moins marquée en cas d'allaitement maternel exclusif (56).

Le traitement d’une crise de migraine chez les femmes qui allaitent repose d’abord sur des mesures autres que médicamenteuses (56).

Le paracétamol, voire l'ibuprofène, sont les antalgiques de choix chez les femmes qui allaitent, sous réserve de ne pas dépasser la dose maximale adaptée à la situation, et en visant la plus petite dose efficace pendant la durée la plus courte possible (57)(56).

Il est prudent de prendre le paracétamol ou l'ibuprofène juste après les tétées afin de limiter l'exposition de l'enfant allaité à ces médicaments (57).

La prise d'ibuprofène est à éviter chez les femmes allaitant un enfant qui a des signes d'infection ou chez qui la prise d'un anti-inflammatoire est à écarter (57).

Des effets indésirables notifiés chez des enfants exposés au naproxène ou au kétoprofène via l'allaitement maternel incitent à éviter ces anti-inflammatoires chez les femmes qui allaitent (57)(56).

Le sumatriptan et le naratriptan sont à éviter pendant l'allaitement. Ils exposent les femmes qui allaitent à une diminution de la production de lait et les enfants allaités à des effets indésirables digestifs, neuropsychiques et cardiovasculaires (56).

Il est prudent d'éviter le métoclopramide pendant l'allaitement, du fait des effets indésirables graves auxquels il expose la mère et l'enfant allaité (58).

Chez les femmes qui allaitent, la prise d’un médicament dangereux pour l’enfant allaité impose la suspension de l'allaitement maternel. Chez les femmes qui ne souhaitent pas arrêter définitivement d’allaiter, l’allaitement au sein pourra être repris une fois le médicament éliminé quasi complètement par la mère, c’est-à-dire après un délai correspondant à 5 voire 7 demi-vies d'élimination plasmatique du médicament après la dernière prise (59).

Pour éviter un sevrage non souhaité, certaines mesures sont utiles pendant la suspension :

  • maintenir la lactation, notamment à l'aide d'un tire-lait (tout en jetant le lait tiré) ;
  • éviter si possible de nourrir l'enfant avec un biberon, ce qui perturbe parfois la reprise de l’allaitement au sein ; préférer une seringue, une tasse, un gobelet (59)(57).

©Prescrire

Noms commerciaux des médicaments en France F, Belgique B et Suisse CH

codéine + caféine + paracétamol – F PRONTALGINE° ou autre ;

codéine + ibuprofène – F ANTARENE CODEINE° ; B BRUFEN CODEINE°

codéine + paracétamol – F CODOLIPRANE° ou autre ; B DAFALGAN CODEINE° ou autre ; CH CO-DAFALGAN°

dihydrocodéine – F DICODIN LP° ; B PARACODINE° ; CH PARACODIN°

dihydroergotamine spray nasal – F DIERGOSPRAY°

dompéridone – F DOMPERIDONE TEVA° ou autre ; B CH MOTILIUM° ou autre

doxylamine – F DONORMYL° ou autre ; B (en association) ; CH SANALEPSI N°

doxylamine + pyridoxine – F CARIBAN° ou autre ; B NAVALIT°ou autre ; CH CARIBAN°

ergotamine + caféine – F GYNERGENE CAFEINE° ; B CAFERGOT°

kétoprofène injectable – F KETOPROFENE PHARMY II° ou autre ;

kétoprofène suppositoire – F PROFENID°

métoclopramide – F CH PRIMPERAN° ou autre ; B PRIMPERAN°

métopimazine – F VOGALENE°ou autre

millepertuis – F ARKOGELULES MILLEPERTUIS° ou autre ; B HYPERIPLANT° ; CH JARSIN° ou autre

naproxène – F APRANAX°, NAPROSYNE° ou autre ; B APRANAX°, NAPROXENE EG° ou autre ; CH APRANAX°, PROXEN° ou autre

naproxène (sous forme de sel de sodium) – F B CH APRANAX° ou autre

naratriptan – F B NARAMIG° ou autre ; CH NARAMIG°

opium poudre + paracétamol – F IZALGI°

opium poudre + paracétamol + caféine – F LAMALINE°

sumatriptan injectable – F IMIGRANE° ou autre ; B IMITREX SC° ; CH IMIGRAN°

sumatriptan nasal – F IMIGRANE° ; B IMITREX° ; CH IMIGRAN°

sumatriptan oral – F IMIGRANE° ou autre ; B IMITREX INSTANT° ou autre ; CH IMIGRAN° ou autre

tramadol – F TOPALGIC° ou autre ; B CONTRAMAL° ou autre ; CH TRAMAL° ou autre

tramadol + paracétamol – F IXPRIM°, ZALDIAR° ou autre ; B CH ZALDIAR° ou autre

Bibliographie

Les textes avec lien sont issus de la Revue Prescrire :

  1. Prévention médicamenteuse des crises de migraine : à décider au cas par cas
  2. Cutrer FM et coll. “Pathophysiology, clinical manifestations, and diagnosis of migraine in adults” UpToDate 2025.
  3. Prescrire Rédaction “Traitements des crises de migraine” Rev Prescrire 1995 ; 15 (150) : 281-284.
  4. Maux de tête
  5. Patientes enceintes migraineuses
  6. Prescrire Rédaction “Accidents cardiovasculaires de la contraception hormonale orale” Rev Prescrire 1998 ; 18 (182) : 205-217.
  7. Ramzan M et coll. "Migraine associated stroke : risk factors, diagnosis, and prevention" UpToDate 2025.
  8. Signes de migraine
  9. Prescrire Rédaction “Sumatriptan injectable S.C. : Imiject° solution injectable S.C., Imigrane° solution injectable S.C.” Rev Prescrire 1995 ; 15 (149) : 166-173.
  10. Critères diagnostiques d'une migraine
  11. Maux de tête
  12. Algie vasculaire de la face : oxygène, tant que possible
  13. Le traitement de la névralgie du trijumeau : la carbamazépine est le seul médicament bien évalué
  14. Accident vasculaire cérébral : les signes cliniques initiaux. Évaluer méthodiquement les signes recueillis en urgence
  15. Kétoprofène - Bi-Profénid°. Nouvelle indication dans la crise de migraine : sans consistance
  16. Crise de migraine : le paracétamol avant tout
  17. Prescrire Rédaction “Patients traités par antalgique non spécifique” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  18. Paracétamol et céphalées
  19. Prescrire Rédaction “Paracétamol” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  20. “Paracétamol” Répertoire commenté des médicaments, site www.cbip.be, mars 2026.
  21. Alcool ou jeûne : gare à la dose de paracétamol
  22. "Paracetamol" Martindale, The Pharmaceutical Press 2025.
  23. Paracétamol : gare aux surdoses involontaires
  24. Mal aux dents chez les adultes et grands enfants
  25. Ibuprofène - Nureflex° ou autre. Crises de migraine : pas 400 mg d'emblée !
  26. AINS et troubles cardiovasculaires graves : surtout avec les coxibs et le diclofénac
  27. “Ketoprofen” Martindale, The Pharmaceutical Press 2026.
  28. Coliques néphrétiques chez les adultes : pour soulager, les AINS et la morphine sont efficaces
  29. Prescrire Rédaction “AINS : ibuprofène, etc.” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  30. Injections intramusculaires d'AINS : infections graves des tissus mous
  31. AINS et troubles cardiovasculaires graves : surtout avec les coxibs et le diclofénac
  32. “Naproxen” Martindale, The Pharmaceutical Press 2026.
  33. Prescrire Rédaction “Sumatriptan : Imigrane° 50 mg comprimés, Imigrane° solution pour pulvérisation nasale 10 mg, 20 mg” Rev Prescrire 1999 ; 19 (201) : 825-826.
  34. Les copies du mois - sumatriptan : gare aux effets indésirables
  35. "Sumatriptan" Martindale, The Pharmaceutical Press 2025.
  36. Prescrire Rédaction “Sumatriptan : Imigrane° comprimés” Rev Prescrire 1996 ; 16 (162) : 345-348.
  37. Prescrire Rédaction “Sumatriptan injectable S.C. : Imiject° solution injectable S.C., Imigrane° solution injectable S.C.” Rev Prescrire 1995 ; 15 (149) : 166-173.
  38. Prescrire Rédaction “Naratriptan, une action lente, mais peu de récurrences : Naramig° comprimés à 2,5 mg” Rev Prescrire 1999 ; 19 (193) : 168-171.
  39. Prescrire Rédaction “Triptans : sumatriptan, etc.” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  40. Prescrire Rédaction “M3. Le syndrome sérotoninergique” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  41. Métoclopramide, dompéridone : morts subites, arythmies ventriculaires
  42. Prescrire Rédaction “Neuroleptiques utilisés comme antiémétiques : métoclopramide, etc.” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  43. Métoclopramide, dompéridone : morts subites, arythmies ventriculaires
  44. Prescrire Rédaction “Dérivés vasoconstricteurs de l’ergot de seigle” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  45. Dérivés de l'ergot de seigle : un grand tri s'impose
  46. Prescrire Rédaction “Pour mieux soigner, des médicaments à écarter : bilan 2026” Rev Prescrire 2025 ; 45 (506) : 937-949.
  47. Patientes enceintes migraineuses
  48. Choisir un traitement avec une femme enceinte
  49. Triptans et grossesse : encore des signaux préoccupants (suite)
  50. Médicaments qui interfèrent avec le placenta et affectent le fœtus
  51. Femmes enceintes et médicaments oraux des nausées-vomissements modérés
  52. Doxylamine et grossesse : à dose et durée minimales, car peut-être un lien avec des malformations
  53. Prescrire Rédaction “Doxylamine” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.
  54. Antihistaminiques H1 atropiniques et sédatifs : usages hors AMM
  55. Doxylamine : dépendances
  56. Allaitement maternel et médicaments de la migraine
  57. Soulager une douleur nociceptive modérée d'une femme qui allaite
  58. Médicaments de la migraine à écarter : les précautions à connaître en cas d'allaitement
  59. Suspension de l'allaitement au sein lors d'une prise d'un médicament par la mère : plusieurs aspects à considérer
  60. Prescrire Rédaction “Patients migraineux” Interactions Médicamenteuses Prescrire 2026.