« Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, porter assistance à des personnes en danger n'est plus unanimement reconnu comme un impératif vital » (1). Ce constat glaçant fait par Care, organisation humanitaire d'origine étatsunienne présente dans plus de 120 pays, résume ce qu'est devenue la santé mondiale en 2025, à la suite des coupes budgétaires massives des pays les plus riches (1).
Dégradation massive de l'espérance de vie
Souvent loin de l'attention des médias, des millions de personnes vulnérables, déjà en situation de crise humanitaire, ont vu leur situation s'aggraver depuis 2025 par la suppression brutale de la moitié du financement des programmes d'aide humanitaire en provenance des États-Unis d'Amérique et d'une dizaine de pays européens, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France (1,2). Ces coupes budgétaires sapent des progrès de la santé mondiale observés au cours des dernières décennies, et pourraient entraîner la mort prématurée de plus de 20 millions de personnes d'ici 2030 (2,3).
Les États-Unis sont les principaux responsables de cette dégradation de la santé mondiale, puisque l'administration Trump a mis un terme à des financements étatsuniens indispensables à de nombreuses structures et programmes de santé dans les pays démunis (2,3).
America first
En quelques mois en 2025, l'administration Trump a démantelé son agence de coopération Usaid (United States Agency for international development en anglais), a réduit drastiquement ses budgets consacrés à la santé mondiale, s'est retirée de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et a suspendu ou modifié plusieurs programmes importants tels que le Pepfar (President emergency plan for AIDS relief en anglais), un programme clé dans la lutte contre le sida dans les pays démunis (3).
Les coupes budgétaires étatsuniennes ont un impact majeur dans plusieurs domaines de santé : vaccination, nutrition, santé communautaire, prévention des maladies non transmissibles, santé sexuelle ou reproductive (3). Dans ce dernier domaine, les choix de l'administration Trump pourraient entraîner plus de 17 millions de grossesses non désirées et 34 000 morts maternelles, pourtant évitables (4). La lutte contre le sida va aussi être très affaiblie, avec la suppression du financement des personnels d'organisations non gouvernementales et celle de la fourniture de traitements et de moyens de prévention des infections sexuellement transmissibles (5).
La nouvelle politique sanitaire internationale des États-Unis s'appuie sur des accords bilatéraux dans une logique donnant-donnant. C'est ce qu'a rappelé Marco Rubio, secrétaire d'État des États-Unis : « Nous continuerons à être les leaders mondiaux en matière de santé, et la nation la plus généreuse dans le monde, mais nous le ferons d'une façon qui bénéficiera directement au peuple américain et qui promouvra directement nos intérêts nationaux » (3,6). Autrement dit, des leaders « généreux »… pour eux-mêmes.
Quelle solidarité pour les plus démunis ?
Dans ce domaine comme dans d'autres, le désengagement brutal des États-Unis laisse une place béante, d'autant que d'autres pays riches occidentaux diminuent aussi leurs aides humanitaires publiques (1,5). La France, notamment, envisage de réduire d'environ un milliard d'euros sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour la période 2026-2028, dans la lignée de certains pays européens, du Japon et du Canada (5,7). D'autres pays, tels que la Chine, l'Inde, et des pays du Golfe, pourraient partiellement combler le vide laissé par les pays qui font défaut, sans doute dans une logique de concurrence géostratégique (3).
La santé mondiale va plus mal en 2026 sur le plan du financement et de la réponse humanitaire. Restent les dons aux associations humanitaires et les fondations encore présentes sur le terrain, pour continuer à soigner et sauver des vies.
Sources
1- Care "Crises oubliées. Les 10 crises humanitaires qui ne font pas la Une des médias" janvier 2026 : 32 pages.
2- IS Global "Global aid cuts could reverse decades of progress in health and development". Site www.isglobal.org consulté le 11 février 2026 : 2 pages.
3- Santé mondiale 2030 "Administration Trump II : la nouvelle stratégie en santé mondiale décryptée", Éclairage sur la santé mondiale (3), février 2026 : 20 pages.
4- Green A "Fears that US global health deals harm reproductive health" Lancet 2026 ; 407 (209) : 481-482.
5- Coalition plus et coll. "Gel des financements américains, un an après, la riposte au VIH sous pression" 20 janvier 2026 : 28 pages.
6- United States of America "America first global strategy" septembre 2025 : 40 pages.
7- Conseil national du sida et des hépatites virales "Financement de la santé mondiale : un recul aux conséquences majeures" 17 février 2026. Site cns.sante.fr consulté le 24 avril 2026 : 1 page.