Le lobbying des firmes pharmaceutiques auprès des responsables politiques est bien connu et établi. Ces mêmes politiques sont aussi la cible d'autres acteurs de la santé. Dans le domaine de la santé mentale, l'exemple de la fondation FondaMental a été méticuleusement analysé (1).
Une approche biologique de la santé mentale
La fondation FondaMental coordonne une cinquantaine de centres français dits experts en psychiatrie qui proposent des diagnostics et participent à des études dans certains troubles psychiques chez les adultes : dépressions résistantes, troubles bipolaires, schizophrénies et troubles du spectre de l'autisme (1). Elle est financée par un ensemble d'institutions publiques et d'entreprises privées, dont des firmes pharmaceutiques et des groupes détenant des établissements de soins psychiatriques. Elle promeut une conception de la psychiatrie reposant sur une approche biologique et génétique des troubles psychiques (2à4). Un de ses objectifs est de transformer le processus diagnostique en psychiatrie. Le développement de cette « psychiatrie de précision » serait « réalisable dès maintenant grâce aux progrès des neurosciences et des techniques telles que la neuroimagerie non invasive, le séquençage génétique, et les algorithmes d'apprentissage automatique » (5).
L'action de la fondation FondaMental semble avoir été efficace puisque 80 parlementaires ont déposé deux propositions de loi visant à inscrire ces centres "experts" dans le Code de la santé publique, à les généraliser à la France entière et à les coordonner « médicalement et scientifiquement » par cette fondation (1,6à8). Mi-décembre 2025, les sénateurs ont finalement inscrit ces centres "experts" parmi les acteurs de troisième recours en psychiatrie, mais le chemin législatif n'est pas terminé.
Des promesses trompeuses
Selon l'argumentaire de ces propositions de loi, le développement de tels centres permettrait de réduire de moitié les journées d'hospitalisation en psychiatrie et d'économiser jusqu'à 18 milliards d'euros par an, une somme considérable (7,8).
Ces affirmations reposent sur une étude largement citée par la fondation FondaMental (1,9). Or des spécialistes de la rédaction scientifique ont montré que cette étude ne repose pas sur une comparaison à un groupe témoin, et comporte de nombreux biais et généralisations abusives : extrapolation des résultats à d'autres maladies non étudiées au départ, informations sur les perdus de vue non disponibles, etc. Un de ces spécialistes alerte sur le fait que : « L'esprit critique de nos décideurs et politiques fait très peur : "non-comparatif", "spin", "régression vers la moyenne", sont des notions inconnues pour eux » (10). Les annonces de cette fondation ont aussi été relayées dans la presse grand public, le plus souvent sans analyse critique (1).
Pour des décisions politiques basées sur des preuves
Les spécialistes cités plus haut reprochent à cette fondation de communiquer en utilisant des arguments scientifiques fallacieux (1). Ce à quoi des représentants de cette fondation ont répondu qu'elle n'est pas responsable de l'utilisation que les décideurs politiques font de sa communication… (6).
Une chose est sûre, l'impact de résultats chiffrés, ou d'arguments économiques, et leur prise en compte par des décideurs politiques sans regard critique sur la source et la solidité des données et de leur analyse est néfaste pour les patients.
Sources
1- Gonon F et coll. "Advocacy by nonprofit scientific institutions needs to be evidence-based : a case study" SSM – Mental health 7 ; 2025 : 100464 : 10 pages.
2- Fondation FondaMental "Rapport annuel 2024" : 56 pages.
3- Fondation FondaMental "Projets en cours" et "Rencontre à l'Élysée : la psychiatrie de précision française au plus haut niveau de l'État". Site www.fondation-fondamental.org consulté les 9 et 30 octobre 2025 : 12 pages.
4- Gonon F "Neurosciences, un discours néolibéral". Champ social, Nîmes, 2024 : 232 pages.
5- Leboyer M et Llorca PM "Le programme-projet en psychiatrie de précision (Pepr Propsy), enjeux et défis" médecine/sciences 2025 ; 41 : 411-415.
6- Foucart S "La communication de la Fondation FondaMental épinglée pour embellissement des résultats scientifiques" Le Monde du 3 juin 2025 : 2 pages.
7- Assemblée nationale "Proposition de loi n° 2586 visant à prendre des mesures d'urgence pour la santé mentale" 2 mai 2024 : 10 pages.
8- Sénat "Proposition de loi n° 385 visant à intégrer les centres experts en santé mentale dans le code de la santé publique" 27 février 2025 : 6 pages.
9- Henry C et coll. "Outcomes for bipolar patients assessed in the French expert center network : a 2- year follow- up observational study" Bipolar disorders ; 2017 : 19 : 651-660.
10- Maisonneuve H "L'esprit critique de nos décideurs et politiques fait très peur : "non-comparatif", "spin", "régression vers la moyenne". Site www.redactionmedicale.fr consulté le 20 octobre 2025 : 7 pages.