Exposition au gaz lacrymogène CS lors d'opérations de maintien de l'ordre : quels dangers pour la santé ?

Dans le monde, diverses substances chimiques irritantes appelées gaz lacrymogènes sont utilisées à des fins de maintien de l'ordre. Elles sont diffusées soit par des vaporisateurs à main, soit à distance de la foule, en général sous forme de grenades tirées au moyen d'un lanceur, officiellement dans l'objectif de disperser un groupe de personnes (1). La substance lacrymogène la plus utilisée au monde dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre est le 2-chlorobenzylidène malonitrile (alias CS), devant l'oléorésine de capsicum (alias OC ou gaz poivre), la chloroacétophénone (alias CN) et, plus rarement, la dibenzoxazine (alias CR) (1,2). En France, le CS est la seule substance lacrymogène dont sont officiellement dotées les forces de l'ordre (3).

À proprement parler, le CS n'est pas un gaz. À température et pression ambiantes, il s'agit d'une poudre cristalline blanche d'odeur poivrée. Pour être utilisé, il doit être mélangé à d'autres substances chimiques, en particulier des solvants organiques. Il peut alors être pulvérisé par vaporisation (alias spray), ou diffusé sous la forme d'un nuage de fines particules (alias aérosol), le plus souvent par le biais de grenades. Dans ce texte, nous nous sommes surtout intéressés à cette utilisation par grenades qui touche, par nature, un plus grand nombre de personnes (1,2,4à6).

Quelle que soit la forme sous laquelle il est utilisé (spray ou grenade), le CS irrite principalement les yeux, la peau, le nez, la gorge et les voies respiratoires, par inhalation ou par contact (1,7à9). Ses effets inconfortables et irritants sont souvent présentés comme transitoires (3,5,10à12).

Quelles sont les principales données d'évaluation de la toxicité de cette substance à court, moyen et long termes ? Ce texte vise à présenter les effets néfastes sur la santé, connus ou suspectés en 2025, d'une exposition par inhalation ou contact au CS utilisé par grenade à des fins de maintien de l'ordre (a). Il s'appuie surtout sur plusieurs synthèses ainsi que sur des études observationnelles et transversales publiées de 2015 à 2023. La multiplication des publications depuis 2015 est d'ailleurs peut-être en lien avec une augmentation de l'utilisation du CS ces dernières années, y compris en France (2,4,11,13à16).

Ce texte ne porte pas sur les traumatismes, parfois mortels, qui peuvent être causés par l'impact sur le corps des grenades utilisées pour diffuser le CS, ni sur les effets psychiques rapportés à la suite d'une exposition au CS, qu'ils soient immédiats (liés à la sensation de suffoquer et aux mouvements de foule) ou persistants (par exemple troubles de stress post-traumatique) (14). Ce texte ne porte pas non plus sur les mécanismes d'action de cette substance dans l'organisme (b).

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