Représentations de la pilule contraceptive véhiculées par les réseaux sociaux

Autour de ma thèse

Justine Brunaud a soutenu en 2025, à l'université d'Aix-Marseille, une thèse de médecine reposant sur une méthode qualitative pour caractériser les influences des réseaux sociaux TikTok et Instagram dans le choix d'une contraception.

Pourquoi ce sujet ?

Justine Brunaud : En stage de médecine générale, j'ai rencontré de nombreuses patientes de 18-25 ans qui semblaient peu informées sur les risques de grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles. Plusieurs exprimaient aussi des idées fausses sur la pilule contraceptive, je me suis alors demandé d'où venaient ces informations erronées.

Qu'avez-vous découvert ?

JB : Mes recherches bibliographiques m'ont fait réaliser que l'information était souvent reçue sans questionnement préalable. Sur les réseaux sociaux, les informations sur la pilule ne sont recherchées que dans 30 % des cas ; dans 70 % des cas, on la rencontre par hasard, en scrollant.

Des surprises ?

JB : Je ne m'attendais pas à ce que les vidéos de désinformation présentes sur les réseaux sociaux soient aussi travaillées et mises en scène. On observe un système de convictions qui joue sur les risques, les peurs et la désinformation. Elles sont très polarisées et il n'y a pas de nuance. Un point commun de ces vidéos est d'ailleurs que les risques n'y sont jamais hiérarchisés et qu'on y compare la potentielle prise de poids au risque de thrombose veineuse cérébrale.

Des difficultés imprévues ?

JB : Les difficultés que j'ai rencontrées concernaient surtout l'analyse qualitative qui demande un codage avec lequel il y a toujours une part de subjectivité. Une autre difficulté a été le fait que les algorithmes ne présentent pas les mêmes vidéos à tout le monde.

Quelles conséquences sur votre pratique ?

JB : Cette thèse m'a fait comprendre que les patientes arrivent en consultation avec des informations qu'il convient de questionner avant de délivrer de nouvelles informations. J'explique aussi davantage les effets indésirables des médicaments que je prescris, en insistant sur la hiérarchisation des risques.

Ces observations m'encouragent à entamer à mon tour un travail de vulgarisation médicale sur les réseaux sociaux.

Que souhaiteriez-vous qu'on retienne de votre travail ?

JB : J'aimerais qu'on prenne en compte les certitudes avec lesquelles les patientes arrivent parfois en consultation, qu'on entende leurs craintes afin de les déconstruire lorsque c'est justifié. Il me semble nécessaire aussi qu'un travail de fond soit mené en santé publique, notamment sur la détection des fausses informations.

Propos recueillis par ©Prescrire

Pour aller plus loin

Brunaud J "Représentations de la pilule contraceptive véhiculées par les réseaux sociaux : une analyse qualitative de TikTok et Instagram" Thèse médecine, Marseille, 2025 : 55 pages.

Si vous souhaitez partager ce que votre thèse vous a apporté, vous pouvez l'adresser à documentation@prescrire.org