Marie-Morgane Veto et Julie Chazalon ont soutenu en 2022, à l'université de Saint-Étienne, leur thèse de médecine, consacrée à l'autopose du spéculum lors de l'examen gynécologique : comment cette pratique est-elle accueillie par les médecins et les patientes ?
Pourquoi ce sujet ?
Marie-Morgane Veto : C'est un podcast qui m'a fait découvrir cette pratique consistant à laisser la femme introduire elle-même le spéculum, ou à participer à sa pose avec le praticien.
Pourquoi écrire une thèse à deux ?
MMV : C'est courant à Saint-Étienne, en raison du manque d'enseignants pour encadrer les thèses de médecine générale. Par ailleurs, on était amies, et on avait envie de faire cette thèse ensemble.
Julie Chazalon : Cela nous a aussi permis de mener plus d'entretiens [NDLR : 10 femmes et 13 médecins], et d'avoir un double regard pour le codage qualitatif de ces entretiens. On a aussi été moins seules face aux difficultés de la thèse. En revanche, il faut accepter les critiques, savoir lâcher prise, laisser de la place à l'autre.
Les principales difficultés ?
MMV : Le manque de littérature sur le sujet, et les réticences des médecins.
Des surprises ?
MMV : Lors des entretiens avec les patientes, parler d'autopose a libéré la parole. Certaines nous ont raconté des situations de violences sexuelles et/ou gynécologiques.
JC : J'ai été étonnée que des médecins âgés questionnent si peu leur pratique.
Quelles conséquences sur vos pratiques ?
JC : Je suis remplaçante en médecine générale, et je propose systématiquement aux patientes l'autopose. Quel que soit leur choix, cela crée une relation de confiance, d'autant plus chez des patientes qu'on ne connaît pas encore.
MMV : Du côté des médecins, même les plus réticents ont gardé en tête qu'il s'agissait d'une possibilité, qui pouvait être proposée en cas de difficultés.
Un bilan de votre expérience ?
MMV : C'était une belle aventure : j'ai été heureuse de terminer mes études par un travail de recherche. D'ailleurs, j'encadre en ce moment une thèse.
JC : Ça m'a plu, mais j'ai trouvé que c'était beaucoup de travail et de stress. Je n'ai pas envie de recommencer !
Propos recueillis par ©Prescrire
Pour aller plus loin
Veto MM "L'auto-pose du speculum : une méthode alternative pour l'examen gynécologique ?" Thèse médecine n° 2022-64, Université de Saint-Étienne, 2022 : 20 pages. • Chazalon J "L'auto-pose du speculum : une méthode alternative pour l'examen gynécologique ?" Thèse médecine n° 2022-63, Université de Saint-Étienne, 2022 : 20 pages. • Veto MM et coll. "Speculum self-insertion : an alternative method for gynaecological examination ?" Fam Pract 2024 ; 41 (2) : 147-154.