Revue Prescrire, article en une, DCI août 2002
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Penser et prescrire en DCI : une bonne pratique professionnelle
 
Prescrire en dénomination commune internationale (DCI) rend aux prescripteurs et aux pharmaciens leurs rôles respectifs dans le choix du traitement et dans sa mise en œuvre.
Pour en savoir plus
La revue Prescrire soutient depuis de nombreuses années la prescription en DCI, et a publié de nombreux dossiers à son appui. Voici quelques repères importants


Prescrire en DCI : pas de catéchisme !
(n°233, novembre 2002 : page 721)
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La DCI : un langage commun, intelligible et international
(n°209, septembre 2000 : pages 607-608)
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La prescription en DCI a des limites pharmaco thérapeutiques
(n°209, septembre 2000 : pages 611-613)
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Mieux Prescrire et mieux dispenser ensemble
Dossier en supplément au numéro 234 (décembre 2002) de la revue Prescrire
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Envisager la prescription en DCI, c'est l'occasion pour chacun de réfléchir sur la connaissance réelle qu'il a des médicaments, et donc sur la formation initiale et continue en pharmacologie et en thérapeutique. C'est aussi un moyen d'améliorer les bonnes pratiques de prescription et de dispensation. C'est encore mieux prendre en compte le patient, mieux partager la connaissance avec lui, et respecter ses choix.

Pour bien connaître les médicaments
Pour une répartition efficace des tâches entre prescripteurs et pharmaciens
Pour un langage commun, en ville et à l'hôpital, et pour la sécurité à l'étranger
Pour améliorer la communication soignants-patients

 

Pour bien connaître les médicaments

Il existe à ce jour, en France, dans la base de données de l'éditeur du dictionnaire Vidal, environ 11 000 références correspondant à des codes barres dits codes CIP, ce code représentant un nom de marque, sous une forme pharmaceutique, un dosage et une présentation spécifiques. Le nombre de noms de marque différents s'élève à environ 6 500. Si l'on recense les dénominations communes internationales, on arrive à environ 1 700 DCI sur le marché français (on peut y ajouter les substances chimiques ou naturelles, ou les plantes, qui n'ont pas de DCI).
Il est clair qu'il y a statistiquement plus de possibilités d'erreurs et de confusions avec 6 500 noms de marque qu'avec 1 700 DCI.

Attention aux outils de formation. Dès la formation initiale des professionnels de santé, l'enseignement se fait encore souvent en France en noms de marque, que ce soit à travers les cours, les polycopiés, les livres ou les médias électroniques. La formation continue utilise, elle aussi, couramment les noms de marque plus que les DCI. Congrès, conférences, ateliers, brochures, gazettes professionnelles, sites internet, etc. véhiculent principalement des noms commerciaux.

Ce sont là les conséquences routinières du financement omniprésent des firmes pharmaceutiques qui, logiquement, attendent en retour que les noms de marque soient inscrits préférentiellement sur les ordonnances. Au résultat, les professionnels de santé, ne connaissent pas toujours la composition des médicaments qu'ils utilisent.

L'usage de la DCI facilite l'usage des sources d'informations indépendantes. Raisonner en DCI pousse à bien connaître les médicaments que l'on prescrit ou que l'on dispense. Cela évite, par exemple, de prescrire par inadvertance des substances associées qui se cachent derrière un nom de marque. Cela évite aussi des erreurs lorsque des spécialités changent de composition sans changer de nom de marque, ou l'inverse, ou encore lorsque sous un même nom de marque se décline une gamme de spécialités aux compositions différentes.

Raisonner en DCI permet en outre de se dégager des campagnes promotionnelles des firmes pharmaceutiques. En rejetant les outils de formation rédigés en noms de marque, et en leur préférant une information qui permette de bien comparer les médicaments sur la base d'un raisonnement en DCI, les prescripteurs, les pharmaciens et les autres professionnels de santé peuvent acquérir une connaissance plus solide des stratégies existantes.

Dans toutes les sources d'information thérapeutique fiables et comparatives, qu'il s'agisse de guides thérapeutiques, de recommandations, d'essais cliniques, de méta-analyses, et ce quel que soit leur pays d'origine, les substances sont désignées d'abord (et souvent uniquement) par leur DCI. Un professionnel de santé qui ne connaîtrait pas les médicaments par leur DCI ne pourrait pas sérieusement maintenir à jour ses connaissances.

Il faut pratiquer cet esperanto utile pour profiter des données actualisées et non biaisées.
Pour une répartition efficace des tâches entre prescripteurs et pharmaciens

Il revient au pharmacien de vérifier l'adéquation des prescriptions (absence d'erreur, posologie, interactions avec des traitements concomitants, etc.), puis d'expliquer ou de réexpliquer aux patients les modalités de prise, les précautions d'emploi, afin d'aider chacun à intégrer le traitement dans ses conditions de vie et de travail, etc. (article R. 5015-48 du CSP).

Mais des éléments d'information sont nécessaires. C'est au prescripteur de les faire figurer sur l'ordonnance :

- à propos du patient examiné : son nom et son sexe (ce n'est pas toujours le malade qui viendra à la pharmacie), son âge et souvent son poids (en particulier pour les enfants, les patients très maigres ou obèses), voire sa surface corporelle dans certains cas ;

- à propos du médicament choisi : réalisée en DCI, la prescription fait apparaître clairement et simplement, pour le pharmacien, les autres soignants et le patient, avec quel(s) médicament(s) le traitement va avoir lieu. L'ordonnance peut comporter une mention expliquant que le médecin laisse au pharmacien et au patient le soin de choisir ensemble une spécialité adaptée. Dans un pays encore habitué aux prescriptions en noms de marque, la démarche peut être pédagogique.
Si la prescription est réalisée en nom de marque pour une raison médicalement justifiable, et si la dispensation d'une autre marque n'est pas souhaitable, le prescripteur doit ajouter la mention "non substituable". Le pharmacien doit alors dispenser la spécialité prescrite (article R. 5143-11 du CSP), sauf si le pharmacien décèle dans l'ordonnance une erreur ou une incohérence mettant en jeu " l'intérêt de la santé du patient " (article R. 5015-60 du CSP).

- à propos de la dose administrée et de la durée du traitement : une fois la substance active choisie, le prescripteur peut se concentrer sur la forme pharmaceutique et la posologie (la dose unitaire, le nombre de prises quotidiennes, le moment de ces prises, ainsi que la durée du traitement).
Et c'est tout ! Il serait regrettable que le prescripteur se disperse à rechercher quel est le nombre de gouttes par flacon de telle ou telle spécialité, ou si telle spécialité existe en boîtes de 28 ou 30 comprimés, alors qu'il n'a ni le temps, ni toujours les bons outils pour le faire. Le pharmacien, lui, a toutes les données techniques sous la main pour assurer la dispensation des quantités nécessaires et suffisantes.
Prescrire en DCI conduit le prescripteur à concentrer son attention sur la(ou les) substance(s) qu'il veut prescrire, sur les bénéfices attendus et les effets indésirables potentiels, sur les doses administrées et la durée de traitement.
Le pharmacien peut ensuite choisir la spécialité, en l'adaptant au traitement envisagé et à la situation du patient, expliciter les modalités d'utilisation, et s'assurer de leur bonne compréhension.
Dans tous les cas où elle est possible, la prescription en DCI permet au pharmacien de limiter le nombre de spécialités similaires qu'il stocke, à l'officine ou à l'hôpital. Il peut ainsi disposer de stocks suffisants pour chaque substance, et éviter de faire attendre ou revenir les patients. C'est une des raisons pratiques qui figurent dans le guide thérapeutique britannique ("British National Formulary").
Pour un langage commun, en ville et à l'hôpital, et pour la sécurité à l'étranger

À l'heure actuelle, au sein des hôpitaux français, beaucoup de prescriptions se font soit en DCI, soit en noms de marque. In fine, le patient hospitalisé reçoit un médicament à nom de marque (parfois différent de celui qui a été prescrit) ou, plus rarement, une préparation hospitalière. L'infirmière qui vient administrer les médicaments les appelle parfois encore par d'autres noms de marque (par habitude ancienne ou parce qu'elle utilise un certain nom de marque sur un autre lieu de travail).

Le même patient, revenu à son domicile, se voit en général prescrire le même traitement, le plus souvent sous un nom de marque (parfois différent de celui reçu à l'hôpital), et le médicament qu'il reçoit du pharmacien d'officine peut encore porter un autre nom de marque (en raison du droit de substitution).

Tel parent ou tel ami de ce patient prend le même médicament, mais sous un autre nom de marque, ou un médicament très différent sous un nom de marque qui ressemble. Dans l'armoire à pharmacie familiale, il n'est pas rare que plusieurs boîtes contiennent la même substance sous des noms de marque différents.

Si tout au long de la chaîne de soins un seul et même nom, la DCI, était utilisé pour désigner le médicament, cela faciliterait la compréhension et la communication entre les professionnels, mais aussi les échanges avec les patients (pour peu que cette DCI soit " facilement lisible, clairement compréhensible " sur les emballages des spécialités, comme l'exige l'article R. 5143 du CSP).

En cas de voyage à l'étranger (situation de plus en plus fréquente pour les citoyens de tous pays), il est important que les patients connaissent la DCI de leurs médicaments (afin notamment de pouvoir, au besoin, s'en procurer sans difficulté). C'est une des évidences qui ont conduit à la mise en place du programme des DCI de l'OMS.

Pour améliorer la communication soignants-patients

L'objectif du prescripteur est d'être compris, non seulement par le pharmacien et les autres soignants, mais surtout par le patient. L'ordonnance est le document sur lequel il peut faire figurer tous ses conseils sur les modalités d'administration du traitement, sur les mesures d'accompagnement, voire les événements à surveiller en cours de traitement, etc.

S'il fait en sorte, notamment grâce à la DCI, d'être moins préoccupé par les noms de marque ou les prix des spécialités, le prescripteur pourra véritablement commenter sa prescription avec le patient.

Document de communication, l'ordonnance claire et intelligente n'est ni un simple bon de commande conforme au règlement, ni un banal outil comptable pour l'assurance maladie.

Rappeler ces principes de base est utile, car à force de se focaliser sur une réglementation de plus en plus complexe, d'agir en prestataire de service manipulé par les firmes pharmaceutiques ou l'assurance maladie, de consacrer du temps à la technique informatique, et d'accepter comme guides thérapeutiques des slogans publicitaires, on en vient à oublier le patient.

La prescription en DCI peut être l'occasion de partager avec le patient les raisons de la prescription et les éléments nécessaires au suivi du traitement. Submergé par de multiples informations de qualité très variable, le patient aimerait souvent mieux comprendre les traitements qui lui sont prescrits et dispensés, par un médecin et un pharmacien dégagés des influences industrielles.
Il est facile de dire à tous les patients demandeurs d'information quelle est la DCI de la substance avec laquelle ils sont traités. Ils peuvent ainsi la repérer dans d'autres spécialités (de prescription, de conseil ou d'automédication), et éviter des prises concomitantes, inutiles voire dangereuses.

Les patients les plus curieux peuvent s'intéresser aux suffixes qui permettent de reconnaître telle ou telle famille de médicaments par leur DCI. Ils ne se contentent plus d'un nom de marque, qui ne transmet qu'un message insuffisant.
Une information claire des patients qui la souhaitent est aussi une marque de respect.

 

© La revue Prescrire 15 août 2002