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Petit manuel de Pharmacovigilance

et Pharmacologie clinique

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Partie 1

1.1 - Profil d'effets indésirables de médicaments antalgiques


Profil d'effets indésirables du paracétamol

Le profil d'effets indésirables du paracétamol est surtout constitué de :

  • rares troubles hématologiques, tels que des neutropénies et des thrombopénies ;
  • rares éruptions cutanées et autres réactions d'hypersensibilité ;
  • hypotensions artérielles pour le paracétamol par voie intraveineuse.

La toxicité hépatique du paracétamol est augmentée chez certains patients, en cas d'affection hépatique, de consommation importante d'alcool, de malnutrition, de jeûne prolongé ou d'anorexie, de traitement par médicaments inducteurs enzymatiques, d'ingestions répétées de surdoses, même modérées, de paracétamol. Chez ces patients à risque accru de toxicité hépatique, mieux vaut éviter d'atteindre la dose maximale habituellement fixée à 4 g par jour chez les adultes.

La surdose de paracétamol entraîne une atteinte hépatique sévère et parfois une nécrose tubulaire rénale aiguë.

 

Profil d'effets indésirables des AINS

Le profil d'effets indésirables des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) (ibuprofène, naproxène, etc.) est surtout constitué de :

  • troubles digestifs fréquents : inconfort gastro-intestinal ; nausées et diarrhées en général bénignes ; ulcères, perforations, hémorragies digestives ; colites ;
  • troubles neuropsychiques : céphalées, sensations vertigineuses, irritabilités, acouphènes, dépressions, insomnies, troubles visuels, confusions, hallucinations ; réactions d'hypersensibilité : fièvres, angiœdèmes, bronchospasmes et éruptions cutanées en particulier avec la floctafénine ;
  • insuffisances rénales : les AINS diminuent la perfusion rénale chez les patients dont la perfusion glomérulaire est dépendante de l'effet vasodilatateur des prostaglandines, par exemple en cas d'insuffisance cardiaque ou de sténose des artères rénales. Les AINS aggravent les insuffisances rénales fonctionnelles, par exemple en cas de déshydratation ;
  • rares néphropathies interstitielles et syndromes néphrotiques ;
  • rétentions hydriques pouvant aggraver une insuffisance cardiaque, une hypertension artérielle ;
  • thromboses artérielles et infarctus du myocarde : ce risque est avéré pour les coxibs (en particulier le rofécoxib, retiré du marché en 2004 pour cette raison) et le diclofénac ; le naproxène est associé à un risque plus faible que celui des coxibs mais un certain risque ne peut être exclu. Pour l'ibuprofène des données cliniques suggèrent que les fortes doses de 2 400 mg par jour sont associées à une augmentation du risque thrombotique, mais les données épidémiologiques avec des doses modérées inférieures ou égales à 1 200 mg par jour sont rassurantes. Pour les au­tres AINS, les données sont insuffisantes et un risque ne peut pas être exclu ;
  • fibrillations auriculaires ;
  • saignements : l'effet antiagrégant plaquettaire est irréversible pour l'aspirine ;
  • atteintes cutanées : éruptions, syndromes de Stevens-Johnson et de Lyell, photosensibilisations notamment avec le kétoprofène en application cutanée ;
  • rares atteintes hépatiques, pancréatites ;
  • aggravations d'infections, surinfections de varicelles et de zona, fasciites nécrosantes, aggravation de certaines infections bactériennes et virales dont la grippe ;
  • atteintes hématologiques : anémies, thrombopénies, neutropénies et agranulocytoses, éosinophilies ;
  • rares méningites aseptiques ;
  • cystites (non infectieuses) en particulier avec l'acide tiaprofénique ;
  • diminutions de la fertilité, réversibles, chez les femmes, et fœtotoxicités ;
  • syndromes de Reye sous aspirine ;
  • hyperuricémies avec l'aspirine.

L'ibuprofène et le naproxène sont les AINS de premier choix compte tenu de leur profil d'effet indésirables notamment digestifs, cutanés et cardiaques. Le piroxicam est un AINS dont le profil d'effets indésirables est défavorable du fait notamment d'une fréquence élevée d'effets indésirables digestifs et cutanés. Le nimésulide expose à un risque d'hépatites graves injustifié.

L'administration d'un AINS à visée locale est suivie d'une certaine absorption avec une grande variabilité interindividuelle et selon les conditions au moment de l'application.

Cela expose à des effets indésirables à distance de fréquence variable selon les patients et les situations.

En deuxième partie de grossesse, les AINS exposent le fœtus à un risque de fermeture du canal artériel, d'hypertension artérielle pulmonaire avec détresse cardiorespiratoire et d'insuffisance rénale. Les AINS semblent exposer à des fausses couches et des malformations (notamment cardiaques) en début de grossesse.

 

Profil d'effets indésirables des opioïdes

Le profil d'effets indésirables des opioïdes comporte principalement :

  • troubles digestifs fréquents : nausées, vomissements, constipations ;
  • troubles neuropsychiques fréquents : somnolences, confusions, sensations vertigineuses, troubles de l'humeur, hallucinations ;
  • convulsions notamment avec le tramadol, et le dextropropoxyphène ;
  • troubles mictionnels ;
  • myosis ;
  • transpirations ;
  • baisses de la libido et troubles de l'érection ;
  • bradycardies, tachycardies, palpitations, hypotensions orthostatiques ;
  • hypothermies ;
  • urticaires et prurits liés à un effet histaminolibérateur ;
  • syndromes de sevrage, dépendances physiques et psychologiques dans certains cas ;
  • augmentations de la pression intracrânienne ;
  • allongements de l'intervalle QT de l'électrocardiogramme avec la méthadone et le dextropropoxyphène, et troubles du rythme ventriculaire ;
  • hypoglycémies avec le dextropropoxyphène, le tramadol ;
  • bradycardies et troubles de la conduction avec le dextropropoxyphène.

Les symptômes de surdose sont une dépression respiratoire et une hypotension, des convulsions, un coma, une rhabdomyolyse, un œdème pulmonaire, des troubles cardiaques avec certains opioïdes, notamment la méthadone et le dextropropoxyphène.

Le dextropropoxyphène a été retiré du marché de l'Union européenne en 2011.

 

 Tiré de : Rev Prescrire 2011 ; 31 (338 suppl. interactions médicamenteuses) : 308-318 + 364-379. 

 

©Prescrire Novembre 2011

 

> Lire la suite : 1.2 - Profils d'effets indésirables de médicaments psychotropes


 
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