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Petit manuel de Pharmacovigilance

et Pharmacologie clinique

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Partie 1

1.20 - Angors médicamenteux en bref


L'angor est une douleur liée à un apport insuffisant en oxygène au niveau du myocarde (autrement dit, c'est un signe d'ischémie myocardique). Cette insuffisance d'apport est le plus souvent due à une atteinte des artères du cœur : insuffisance coronarienne ou spasme coronarien.

Le risque de crises est augmenté par une augmentation de l'activité cardiaque ou une diminution du débit vasculaire : effort physique, anémie, hypotension artérielle, vasodilatation périphérique, etc.

 

Facteurs de survenue

Un médicament entraîne d'autant plus une crise d'angor que d'autres facteurs d'angor sont déjà présents.

Les facteurs qui provoquent des crises d'angor sont principalement :

  • des facteurs qui augmentent le travail cardiaque : l'effort physique, l'anémie, l'hyperthyroïdie, les tachycardies quelle qu'en soit l'origine, les hypertensions artérielles non contrôlées,
  • des facteurs qui diminuent la vascularisation cardiaque : les hypotensions artérielles, les facteurs de vasoconstriction.

Les facteurs qui aggravent l'insuffisance coronarienne chronique sont principalement : les facteurs de thrombose, l'hypertension artérielle, l'hyperlipidémie.

 

Médicaments qui entraînent ou aggravent un angor

Les médicaments qui exposent aux crises d'angor sont principalement : les médicaments qui diminuent la pression artérielle, les vasodilatateurs, les vasoconstricteurs, et ceux qui entraînent une tachycardie et augmentent le travail cardiaque.

Les médicaments qui exposent à l'insuffisance coronarienne chronique sont principalement : les médicaments qui augmentent le risque de thromboses, ceux qui augmentent la cholestérolémie, ceux qui augmentent la pression artérielle.

 

- Hypotension artérielle

Les médicaments qui diminuent par eux-mêmes la pression artérielle, entraînent une majoration de l'effet hypotenseur des médicaments antihypertenseurs, et exposent à une hypotension orthostatique.

Certains de ces médicaments sont utilisés pour le traitement de l'hypertension artérielle.

Pour d'autres médicaments, l'hypotension est un effet indésirable :

  • les alphabloquants tels le moxisylyte ou ceux utilisés dans l'hypertrophie bénigne de la prostate : l'alfuzosine, la doxazosine, la prazosine, la silodosine,  la tamsulosine, la térazosine ;
  • les dérivés nitrés ;
  • les antidépresseurs imipraminiques ;
  • la rotigotine ;
  • le baclofène ;
  • la lévodopa et les agonistes dopaminergiques : l'apomorphine, la bromocriptine, la cabergoline, le lisuride, le pergolide, le pramipexole, le ropinirole ; des IMAO B : la sélégiline, la rasagiline ;
  • un hyperglycémiant : le diazoxide ;
  • les neuroleptiques de par leur effet alphabloquant ;
  • des médicaments des troubles de l'érection : des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 : le sildénafil, le tadalafil, le vardénafil ; une prostaglandine : l'alprostadil ;
  • des dérivés des prostaglandines : l'iloprost, l'époprosténol, le tréprostinil ;
  • des vasodilatateurs : le bosentan, le sitaxentan, l'ambrisentan ;
  • les sétrons ;
  • les opioïdes ;
  • la nicotine ;
  • la brimonidine ;
  • le dipyridamole ;
  • l'adénosine ;
  • les anesthésiques généraux ;
  • l'aldesleukine ;
  • un médicament de la xérostomie post­radique : l'amifostine.

L'alcool éthylique en prise aiguë, les poppers abaissent la pression artérielle.

 

- Vasodilatation

Les médicaments vasodilatateurs sont principalement :

  • les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 utilisés dans les troubles de l'érection tels le sildénafil, le vardénafil, le tadalafil, par leur effet vasodilatateur et hypotenseur ;
  • les dérivés nitrés : la trinitrine ;
  • le nicorandil ;
  • les prostaglandines telles l'iloprost, l'époprosténol, le latanoprost, le bimatoprost, le travoprost par leur effet vasodilatateur et hypotenseur ;
  • des antagonistes des récepteurs de l'endothéline : le bosentan, le sitaxentan, l'ambrisentan ;
  • le disulfirame ;
  • l'adénosine ;
  • la phentolamine ;
  • le moxisylyte ;
  • etc.

 

- Vasoconstriction

Les médicaments vasoconstricteurs sont surtout :

  • les triptans ;
  • certains dérivés de l'ergot de seigle vasoconstricteurs : l'ergotamine, la dihydroergotamine ;
  • des agonistes dopaminergiques tels la bromocriptine ;
  • les sympathomimétiques vasoconstricteurs utilisés comme décongestionnants tels la pseudoéphédrine, l'oxymétazoline, l'éphédrine, le tuaminoheptane, la naphazoline, la phényléphrine ;
  • un sympathomimétique alpha : la midodrine ;
  • la desmopressine, la vasopressine ;
  • etc.

 

- Tachycardie

Les médicaments qui augmentent la fréquence cardiaque et augmentent le travail du muscle cardiaque sont principalement :

  • un bronchodilatateur : la théophylline ;
  • la caféine ;
  • les sympathomimétiques bêta-adrénergiques (alias bêta-2 stimulants) qu'ils soient de courte durée d'action tels le salbutamol et la terbutaline, ou d'action prolongée, tels le salmétérol, le formotérol, l'indacatérol, ainsi que le bambutérol ;
  • les sympathomimétiques vasoconstricteurs utilisés comme décongestionnants tels la pseudoéphédrine, l'oxymétazoline, l'éphédrine, le tuaminoheptane, la naphazoline ;
  • l'adrénaline ;
  • les atropiniques ;
  • des vasodilatateurs : le buflomédil, le cilostazol ;
  • un hyperglycémiant : le diazoxide ;
  • le dipyridamole ;
  • les hormones thyroïdiennes : la lévothyroxine ;
  • un antifongique : la caspofungine ;
  • des immunodépresseurs : le tacrolimus, le sirolimus, le basiliximab, le daclizumab, les immunoglobulines antilymphocytes ;
  • des anticancéreux : le rituximab, le paclitaxel, le docétaxel, le bévacizumab, le bortézomib, l'imatinib ; la clofarabine ;
  • un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline utilisé dans les hyperactivités avec déficit de l'attention : l'atomoxétine ;
  • un psychostimulant : le modafinil ;
  • un sédatif : le méprobamate ;
  • les amphétaminiques tels la bupropione (alias amfébutamone) ;
  • la venlafaxine, les antidépresseurs imipraminiques ;
  • un antalgique : le néfopam ;
  • le fenspiride ;
  • le glatiramère ;
  • la buspirone ;
  • la varénicline ;
  • un médicament de la thrombocytémie : l'anagrélide ;
  • etc.

 

- Thromboses

Les médicaments qui augmentent le risque de thromboses sont principalement :

  • les contraceptifs hormonaux et l'hormonothérapie substitutive de la ménopause ; le danazol ; certains antiestrogènes tels le raloxifène, le bazédoxifène, le lasofoxifène, le tamoxifène, le torémifène et le fulvestrant ; les inhibiteurs de l'aromatase : l'exémestane, le létrozole et l'anastrozole ; le diéthyl­stilbestrol ;
  • les cytotoxiques, le thalidomide, le lénalidomide ;
  • les époétines ;
  • les neuroleptiques ;
  • le strontium ;
  • des immunodépresseurs : le sirolimus, l'évérolimus ;
  • la desmopressine ;
  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) de type coxibs et certains AINS classiques, mais l'aspirine a un effet antiagrégant plaquettaire ;
  • l'eltrombopag ;
  • les immunoglobulines intraveineuses ;
  • etc.

 

- Dyslipidémies

Les médicaments qui exposent aux dyslipidémies sont surtout :

  • les androgènes ; certains antiestrogènes tels le tamoxifène, le torémifène, le fulvestrant ; les contraceptifs estroprogestatifs ; les traitements hormonaux substitutifs de la ménopause ; les agonistes de la gonadoréline ;
  • des rétinoïdes : l'isotrétinoïne, l'alitrétinoïne ;
  • des anticancéreux : le bexarotène, le mitotane, la capécitabine, le temsirolimus ;
  • l'interféron alfa ;
  • des immunodépresseurs tels la ciclosporine, le tacrolimus, le sirolimus, l'évérolimus, les corticoïdes, le tocilizumab ;
  • des antirétroviraux : les inhibiteurs nucléosidiques ou nucléotidiques de la transcriptase inverse du HIV, les inhibiteurs de la protéase du HIV ;
  • des neuroleptiques, notamment certains neuroleptiques dits atypiques tels l'olanzapine ;
  • des hypoglycémiants : la pioglitazone, la rosiglitazone ;
  • etc.

 

- Hypertension artérielle

Les médicaments qui augmentent la pression artérielle, selon divers mécanismes, sont principalement :

  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) y compris les coxibs et l'aspirine à forte dose, les corticoïdes, le tétracosactide. Ces médicaments entraînent une rétention hydrosodée qui est à l'origine de l'augmentation de la pression artérielle. D'autre part, les AINS antagonisent les prostaglandines qui ont des effets vasodilatateurs ;
  • des psychotropes : la venlafaxine, le milnacipran, la duloxétine, des amphétaminiques tels la sibutramine, la bupropione (alias amfébutamone), le méthylphénidate, la buspirone, les antidépresseurs inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO), l'atomoxétine ;
  • les époétines ;
  • la lévothyroxine ;
  • les antiandrogènes non stéroïdiens : le flutamide, le bicalutamide, le nilutamide ;
  • des immunodépresseurs : la ciclosporine, le tacrolimus, l'évérolimus, les corticoïdes, le léflunomide ;
  • la nicotine ;
  • des anticancéreux : le sorafénib, le sunitinib, le bévacizumab, le pazopanib, etc.
  • ainsi que les médicaments vasoconstricteurs.

 

- S'y ajoutent :

  • le sevrage de bêtabloquant ;
  • des antiviraux : le maraviroc, le darunavir ; l'oséltamivir ;
  • des anticancéreux : le rituximab, le paclitaxel, le docétaxel, le bévacizumab, le pémétrexed, le bortézomib, l'imatinib ;
  • des hypoglycémiants : la rosiglitazone, la pioglitazone.

 

 Tiré de : Rev Prescrire 2011 ; 31 (338 suppl. interactions médicamenteuses) : 451-452. 

 

©Prescrire Novembre 2011

 

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